Fer de Lance de l’initiative populaire menée par l’Union Suisse des Paysans (USP), idéal du rapporteur spécial pour l’alimentation des Nations Unies, Olivier de Schutter et ligne directrice du syndicat paysan Uniterre, la souveraineté alimentaire est dans toutes les bouches. Pour comprendre son rôle politique et social, La Fribune vous propose, dans cette deuxième partie de son dossier « souveraineté alimentaire »,  un modeste tour d’horizon.

Photographie d'une famille paysanne avec leurs animaux

C’est lundi, la journée touche à sa fin et vous vous retrouvez chez un grand distributeur pour vos courses hebdomadaires. Et ça recommence, le combat éthico-écologico-cohérent est acharné dans votre esprit. L’impression désagréable de se faire avoir, quoi qu’on fasse. Un poulet aux hormones contre un label douteux, un paquet de chocolat traité contre un producteur de café maltraité, régional ou bio ? Écologique ou éthique ? Respectueux des animaux ou des hommes ? Et si on vous proposait un cocktail de ces beaux actes, le choix délibéré et consciencieux d’acheter selon vos convictions, sans compromis ? Et si, cette fois, c’était vous plutôt que le distributeur qui auriez quelque chose à y gagner ?

Et bien c’est exactement ce que désirent les instigateurs de la souveraineté alimentaire.  Développée par des paysannes de différents continents, différentes langues et différentes cultures, la souveraineté alimentaire fait de l’alimentation l’affaire de tous. Transbordée par le mouvement paysan Via Campesina à travers les continents, elle est devenue un mouvement social de plus en plus important dans lequel chacun se reconnaît, auquel chacun est invité à prendre part. Sans affiliation politique, le mouvement défend, partout dans le monde, l’autonomie paysanne, la souveraineté alimentaire comme pilier de la sécurité alimentaire et redonne à la société, son droit démocratique de contrôle sur la chaîne alimentaire. Il replace le consommateur face à ses droits, devoirs et responsabilités.

Alternative au marché actuel, la souveraineté alimentaire veut redonner à chacun, le droit universel et fondamental de choisir ce qui se trouve dans son assiette ! La liberté magnifique de faire pleinement confiance à son producteur !

Pour y parvenir, la souveraineté alimentaire va plus loin que l’alimentation proprement dite. Longtemps reléguée au secteur agricole, l’alimentation doit redevenir la responsabilité de chacun. La souveraineté alimentaire demande un questionnement et une restructuration profonde de la société. Alors que le concept de sécurité alimentaire se résume au droit à l’accès à l’alimentation, la souveraineté alimentaire s’attaque aussi aux problèmes liés à la production.

Elle donne le droit politique aux peuples de déterminer leur propre politique agricole et alimentaire, pour chaque région en fonction de ses besoins et capacités. Une ouverture à la diversité qui tranche violement avec l’uniformisation de la politique économique mondiale voulue par beaucoup. Evidemment critiquée, la souveraineté alimentaire apparait cependant comme une alternative humaine et responsable au système économique actuel. En renforçant la coopération et la solidarité mondiale, en tenant compte de la spécificité de chaque terroir et de chaque système, elle apparait comme une solution universelle aux problèmes locaux.

N’étant ni une doctrine, ni une loi, en aucun cas statique, le principe de la souveraineté alimentaire est dynamique et vivant. Appartenant aux peuples, il s’adapte sans vraiment changer, suivant les fondements proposés par la Via Campesina. Jamais figé pour s’adapter à l’infini, les principes clés de la souveraineté alimentaire replacent l’humanité au sein de son alimentation. Partir du centre où nous trônions depuis si longtemps… Oui, c’est cela la souveraineté : c’est prendre ses responsabilités dans un territoire que nous dominions, c’est s’intégrer pleinement à ses pairs en participant à la construction d’un royaume juste, plutôt que de s’en détacher en le supervisant.

En Suisse, la souveraineté alimentaire prend place, concrètement, dans le développement de structures locales de distribution, ACP (Agriculture Contractuelle de Proximité) ou vente directe, dans la reconstruction du lien ville-campagne par l’agriculture urbaine (Bâle) ou dans tant d’actes citoyens de réappropriation des filières. Inscrite dans la durabilité, la souveraineté alimentaire inscrit la solidarité au cœur de la vie paysanne, maintient les exploitations familiales en permettant aux agriculteurs de vivre de leur métier en créant de la valeur ajoutée dans le respect des consommateurs.

En somme, chaque fois qu’un consommateur est conscient du produit qu’il tient entre ses mains, c’est une victoire pour la souveraineté alimentaire. C’est prendre à nouveau conscience de sa responsabilité face à une alimentation qui nous échappe.

Pour en savoir plus : La souveraineté alimentaire au champ comme dans l’assiette, du concept aux actions, Editeur : Uniterre, à commander sur www.uniterre.ch

www.viacampesina.org