Sérivore

Chaque année, la même ritournelle: qu’il fasse un temps de chien ou de curé, les étudiants se muent le temps de quelques semaines en rats de bibliothèque, avec l’espoir un peu braque de déchiffrer, saisir, assimiler et mémoriser la passionnante matière qu’ils devront recracher sans faute quelques jours plus tard… Bref, l’Enfer sur Terre. Et puisqu’il est pavé de bonnes intentions, ils croient dur comme fer qu’ils ne céderont pas à la tentation diabolique de croquer à pleines dents dans une nouvelle série, précisément au pire moment de l’année. Et puis non, nous autres junkies craquons sous l’accablante pression des révisions et perdons un temps précieux à quelques jours du Jugement Dernier.

Alors pour vous éviter le pire, la Fribune vous propose, cette année encore, une brochette de séries ne pouvant pas vous faire perdre plus de dix heures. Chaque vendredi du mois de mai, nous vous proposerons une ou deux courtes séries, de genres et origines aussi variés que possible. Il y en aura pour tous les goûts : pour les férus de science-fiction comme pour les friands d’humour british, pour les aficionados de thrillers conspirationnistes et autres amateurs de drames historiques… En bref, largement de quoi faire une indigestion et rater vos examens. Bonnes révisions!

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Vendredi 01.05.15
Pour célébrer le 1er mai, pessimisme et humour noir. Vous risquez de rire jaune…

Pour attaquer à pleines dents le menu royal du mois à venir, nous vous proposons en entrée deux séries anthologiques venues du Royaume-Uni, où les chaînes rivalisent d’inventivité pour proposer quantité affolante de petites séries, subtiles et souvent (très) cyniques…

 

« Black Mirror», bien plus que sept ans de malheur

BlackMirror

Petite perle britannique diffusée l’an dernier sur France 4, Black Mirror explore un thème désormais universel : à quoi ressemblera la société de demain avec l’omniprésence des écrans et des nouvelles technologies ? Série anthologique dont les épisodes forment une fresque cohérente du futur noir qui nous attend, Black Mirror parvient en quelques heures seulement à aborder un nombre invraisemblable de thèmes.

Boostés par leurs scénarios haletants, tous les épisodes dérangent et questionnent en prenant le spectateur à la gorge : personnage de dessin-animé candidat en politique, pornographie et tentative de suicide en direct à la télévision, clone-robot en kit pour faire revivre un être aimé… La série fusille du regard et nous demande : où finirons-nous à force de regarder notre monde uniquement à travers ces miroirs déformants que sont nos écrans ?

Parfois glauque, toujours pessimiste, Black Mirror exagère pour mieux faire passer sa critique acerbe. Ici, la technologie n’est pas coupable, mais agit comme un prisme au travers duquel nos certitudes se réfractent et se heurtent pour révéler la face sombre de la nature humaine. Œuvre déroutante qui ne laissera personne de marbre, Black Mirror est à marquer d’une pierre blanche dans vos petits papiers.

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« Black Mirror » (2011-aujourd’hui, Channel 4 [GB]), 6 épisodes + 1 spécial, de 40 à 60 minutes

 

« Inside n°9 », comédie haute en couleur teintée d’humour noir

AInside

Autre série anthologique britannique dont la deuxième saison vient à peine de se terminer sur BBC Two, Inside n°9 propose, elle, une suite d’épisodes burlesques. Sans être pour autant moins cinglante que Black Mirror…

Avec cette comédie très british, les deux acteurs-auteurs-producteurs Reece Shearsmith et Steve Pemberton (Psychoville, The League of Gentleman) se sont lancés dans un exercice de style des plus originaux. Toujours situé au numéro 9 d’une rue ou d’un bâtiment – unique clin d’œil reliant les épisodes entre eux -, chaque nouvel épisode propose une intrigue inédite et cocasse, avec des personnages, cadres et genres toujours différents. Avec la volonté évidente de surprendre et l’assurance d’un casting de (très) grande classe, la série ose tout : un épisode en huis-clos dans un placard, un épisode muet… Toujours drôle, souvent embarrassant, chaque épisode nous réserve une chute surprenante et des plus cyniques… Un regard féroce sur l’être humain, travesti en sourire débonnaire.

Moins excessive que Black Mirror, la petite série n’en est pas moins critique et sévère avec la nature humaine. A visionner au compte-gouttes, comme on lit un bon recueil de nouvelles. A chaque épisode, la surprise comique, les rires colorés, puis la chute, toujours sombre et profonde.