Après deux semaines de transferts d’hôtel en hôtel, il est temps de s’installer ! C’est l’occasion de participer aux activités locales, d’apprécier les traditions et de remettre en question ses certitudes agronomiques.

Producteur de pommes-de-terre appréciant sa culture

Producteur de pommes-de-terre appréciant sa culture

Les derniers jours à l’hôtel ne sont pas de tout repos : Je ne sais pas si c’est la Mützig (bière locale), l’acclimatation, ou juste mon comportement normal, mais j’ai le sommeil relativement agité. Sans détailler les fois où je m’emmêle dans la moustiquaire, voici une anecdote intime pour votre plaisir. Les nuits sont relativement chaudes. En tout cas, les duvets sont beaucoup trop gros. Alors je les mets de côté pour dormir. Mauvaise idée quand on a des tendances somnambules. Vers 2h du matin, je me réveille en sueur, quelqu’un dors à côté de moi ! Je regarde en essayant de me convaincre que je rêve, – je me connais-, mais non, c’est sûr, il y a quelqu’un. À demi vivant, je me dis que s’il me voulait du mal il ne dormirait pas aussi bien et que l’hôtel n’ayant certainement plus de place, lui ont proposé de se joindre à moi. A 2h du mat ça parait implacable comme logique ! Je me rendors serein mais me réveille encore 3 minutes plus tard. Cette fois je vais juste faire remarquer au type que ce n’est pas un problème, qu’il y a assez de place. Je vous jure que mon intention était louable, que tout me paraissait limpide. Alors je le secoue pour le réveiller et… et ce n’était que mon duvet. Alors là, je me dis : « hahahaha en plus tu le savais ! ». Et après je m’étonne de ne pas me réveiller en forme le matin…

Alors que j’étais à la recherche d’un logement, j’ai eu l’opportunité de rencontrer deux jeunes entrepreneurs (un rwandais, Pascal et un hollandais, Thijs) qui se lancent dans la production de chips. Un secteur prometteur mais inexploité pour le moment. Ils m’ont cordialement invité à habiter avec eux dans leur superbe villa. Comme les soirées sont parfois longues quand on ne connaît pas grand monde, je leur ai proposé d’aller boire un verre. Aucun n’étant disponible, ils m’ont laissé aux mains du frère de Pascal. Autant dire qu’il prend ce genre de tâche au sérieux. Dans la soirée la plus en vue de Musanze, il m’emmène au premier rang pour apprécier le concert le plus hétéroclite que je n’ai jamais eu l’occasion de voir. Entre les apparitions des rappeurs, rockeurs et autres,  des danseurs traditionnels commencent à entonner des les chants guerriers. Vêtus de tissus aux couleurs éclatantes, une douzaine de femmes et autant d’hommes font vibrer les clochettes fixées à leurs chevilles, rythmant le chant du chœur d’hommes avec une énergie frénétique. Un spectacle entrainant que j’espère avoir l’occasion de revoir bientôt.

L’occasion ne s’est pas fait attendre puisque quelques jours plus tard, lors d’une visite de terrain j’ai été honoré d’un spectacle improvisé. Après avoir discuté autour des cultures, nous sommes revenus au véhicule en marchant. Dans la discussion, on me demande mon prénom qui est, soit dit en passant, très apprécié dans le coin. Ni une ni deux, les paysannes entonnent un chant traditionnel qui dit : « merci d’être venu ! » En répétant mon prénom et celui de mes accompagnants. Fantastique !

En plus, le matin, il faut complétement remettre en question ses certitudes agronomiques parce qu’elles ne sont pas adaptées au terrain. Quand on voit les effets à long terme de l’uniformisation des cultures en Europe, on a envie de crier stop au programme gouvernemental(e) de Fusion de l’Utilisation du Sol (Land Use Consolidation (LUC)). Ce programme vise à concentrer une même production à une certaine période pour faciliter les interventions sur les cultures, organiser les fermiers en associations pour les achats et ventes de produits etc.

Mais les conditions sont différentes…On en est aux débuts du processus…On ne peut voir que les effets positifs sur la population. Augmentation de la production, amélioration du revenu et possibilité de payer la scolarité pour les enfants, sont les conséquences directes et visibles de l’intensification agricole. Et le fait que cette intensification soit faite de manière intégrée laisse présager une meilleure issue. L’intensification va au-delà de l’ajout aveugle d’engrais inorganiques. On adapte les technologies aux conditions locales et on tient compte des auxiliaires, des rotations culturales et des dangers de la propagation des maladies.

Pour en venir au titre de cet article, « Amashongore » est un salut traditionnel qui n’est presque plus utilisé. Il se rapporte à la coutume rwandaise où la vache tient une place très importante, symbole de richesse et de pouvoir. Ainsi, le premier interlocuteur vous dit : « Amasho », « Je te souhaite un troupeau de vache » à quoi le second répond : « amashongore » ce qui signifie : « Je te souhaite un troupeau de vaches femelles (sous-entendu laitières) ». C’est encore à vérifier en pratique, mais il paraitrait qu’on ne puisse faire de plus beau compliment à une fille que de la comparer à une vache. A savoir ensuite si on lui parle de ses jolies taches, de ses grandes oreilles ou de son cuire dru…