L’Office Fédéral de l’Agriculture (OFAG) parle depuis quelques temps déjà d’une possible ouverture du marché du lait à l’Union Européenne, la fin de la fameuse ligne blanche. Une étude de l’institution fédérale parue récemment soutient fermement cette position,  seule, contre tous les producteurs suisses qu’elle est censée soutenir.

Vache aux couleurs de la suisse avec le texte suivant : Le lait équitable

Le marché du lait suisse est strictement réglementé afin d’éviter une inondation de produits étrangers qui saignerait violemment la production nationale. 24’000 (40%) exploitations suisses vivent essentiellement de production laitière aujourd’hui. Bien que leur nombre ne cesse de baisser, la production laitière totale reste stable. Stabilité résultant malheureusement de la spécialisation et l’intensification des exploitations qui courent après les décilitres pour s’en sortir. Ajoutez à cela des normes sanitaires et de détentions bien plus strictes que dans les pays limitrophes et il vous sera aisé d’imaginer à quel point les paysans suisses se démènent pour leurs consommateurs.

L’OFAG a néanmoins entrepris des discussions internes sur la possible ouverture des frontières du marché laitier européen, la fin de la fameuse ligne blanche qui fait trembler tout le secteur agricole. Bien qu’aucun pourparler exploratoire n’ait encore eu lieu avec Bruxelles, comme l’affirme Bernard Lehmann, directeur de l’OFAG, de nombreuses réactions vives se sont déjà faites entendre. L’Union Suisse des Paysan (USP), l’Association Suisse pour un Secteur Agro-alimentaire Fort (ASSAF-Suisse), la Fédération des Producteurs Suisses de Lait (FPSL) ainsi qu’Uniterre n’y vont pas de main morte pour qualifier cette hypothèse :

« De la poudre aux yeux des producteurs ! » (ASSAF-Suisse), « Un régime draconien imposé aux producteurs de lait » (FPSL), « Une Lubie » (USP), «  La réalité agricole ignorée » (Uniterre)

Telles sont les nombreuses prises de positions qu’on pouvait lire juste après l’information de l’OFAG (mercredi 14.05.2014).

Malgré les différences au niveau des systèmes de production, le potentiel de différenciation des produits touchés par l’ouverture de la ligne blanche (le lait matière première) est très faible – rien ne ressemble plus à un verre de lait qu’un autre verre de lait- les producteurs suisses n’ont aucune chance de se démarquer de leurs collègues européens. Les coûts de production étant nettement plus élevés en Suisse, il serait illusoire de vouloir préserver leur revenu. A moins que… à moins qu’on en remette une couche avec les paiements directs ! c’est du moins ce que l’OFAG propose pour contrecarrer la perte de 17cts par litre de lait pour le producteur. Et on recommence avec les grosses injections de fonds qui doivent rendre l’agriculture suisse compétitive au niveau international. Donc on veut réduire le prix du lait au producteur, pour le rendre concurrentiel au niveau européen, en ajustant cette perte de revenu avec des paiements directs…voilà qui ressemble drôlement (non, c’est très loin d’être drôle !) aux soutiens à la production que l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) déteste tant !

De ce coté-ci, c’est à n’y plus rien comprendre. On essaie d’un côté de libéraliser le marché du lait, ce que souhaite l’OMC, et de l’autre, on renforce les aides à la production, exactement le contraire de ce que souhaite l’OMC… L’OFAG ressemble de plus en plus à un funambule, en équilibre sur cette ligne blanche, ne sachant plus sur quel pied se reposer, au bord de la chute. Il faut remarquer tout de même que notre équilibriste se fait balloter de tous côtés. Les milieux industriels qui veulent réduire leurs coûts de production grâce à une concurrence forte au niveau des producteurs, les producteurs qui trouvent inadmissible de devoir produire quelque chose qui ne permet pas de revenu et les consommateurs qui ne veulent ni d’une intensification de l’agriculture, ni de prix élevé des denrées alimentaires. Autant dire que les applaudissements ne se font pas encore entendre dans les gradins.

Pardon ? ah oui, vous y avez pensé aussi, aux distributeurs. Et c’est plutôt bien vu, cher-`re lecteur-trice, car c’est effectivement là qu’est l’os ! Imaginez qu’en 1950, les producteurs étaient payés 0.39CHF par litre de lait et que le distributeur le revendait 0.48CHF, soit environ 23% plus cher. Aujourd’hui, le producteur touche 0.62CHF par litre de lait alors que le distributeur demande 1.41CHF au bon client, soit près de 130% de plus que ce que touche le producteur ! Aux vues de cet écart de réalité (tient, nous revoilà au cirque, le funambule fait des assouplissements !), le consommateur n’est pas dupe, il ne verra pas le prix du lait baisser brusquement de 0.17CHF. Au contraire, il risque de les payer deux fois. Une fois chez son distributeur favori qui n’aura certainement pas stabilisé les prix et une fois au mois de février, lorsqu’il paie ses impôts pour soutenir l’agriculture suisse.

Le seul moyen actuel de réduire les coûts de production serait d’intensifier et de spécialiser encore plus les exploitations. Ce dont personne ne veut. Ni les consommateurs, ni les agriculteurs ! Le rapport positif de l’OFAG semble contenir plus de zones d’ombre que d’éclaircissement…Soit il faudra licencier le responsable des éclairages, soit améliorer le numéro, sans quoi la huée sera inévitable.

Il ne reste qu’à attendre les prochains commentaires de l’OFAG, mais il faudrait faire preuve de beaucoup d’imagination, car le public en a marre des funambules boiteux.

Pour en savoir plus :

http://www.sbv-usp.ch/fr/medias/communiques-de-presse/archive-2014/130514-marche-du-lait/

http://www.uniterre.ch/index.php/fr/home/104-info/dossiers/lait/lait-national/769-ouverture-de-la-ligne-blanche-quand-la-realite-agricole-est-ignoree

http://www.assaf-suisse.ch/?actu_id=129

http://www.swissmilk.ch/fr/producteurs-de-lait/politique.html

http://www.blw.admin.ch/dokumentation/00018/00201/01831/index.html?lang=fr