Pour ou contre l’initiative sur l’autodétermination? Les étudiants en droit ont organisé un débat pour en découdre. Petit compte-rendu d’un spectateur émerveillé par la représentation pour le moins théâtrale des invités.


Le 13 novembre dernier, le chapiteau de l’aula Magna accueillait un spectacle tout à fait singulier. Le public, probablement séduit par le titre accrocheur « Grand débat », s’était réuni en masse pour assister aux numéros des artistes. Clowns, magiciens, acrobates, jongleurs et autres saltimbanques ont à tour de rôle amusé et diverti la foule, qui, il faut bien le dire, se donnait à cœur joie d’encourager les protagonistes à davantage de fantaisies et pitreries.

La caravane des étudiants en droit avait pourtant choisi une intrigue plutôt sérieuse et technique: l’initiative sur l’autodétermination, ou le droit suisse au lieu des juges étrangers ; tout dépend de votre directeur de communication. Cette dernière demande à ce qu’il soit inscrit dans notre constitution une primauté générale du droit constitutionnel suisse sur le droit international.

Si le principe peut sembler évident et naturel aux yeux du juriste dilettante, les jongleurs et acrobates ont tenté tant bien que mal d’apporter les précisions et nuances que requièrent leurs numéros. La finesse artistique s’est cependant heurtée à la niaiserie des clowns et à l’imaginaire des magiciens. N’allez pas croire que je le déplore. Au contraire, la faculté d’écarter l’ensemble des arguments des opposants en arguant avec ferveur que cette initiative vient sauver une démocratie qui se délite nécessite une agilité indiscutable. Qu’il s’agisse des conséquences néfastes sur l’économie, de l’insécurité juridique créée ou encore de la crédibilité de la Suisse au sein de la communauté internationale, aucun argument n’a semblé écorner les initiants. L’échappatoire du pouvoir comique et de l’enchantement leur a toujours permis de se barricader derrière la rhétorique du pouvoir au peuple: il faut rendre la Suisse aux Suisses !

Un magicien ne dévoile jamais ses tours, mais le spectateur attentif aura tout de même découvert la faille. Comment en effet apporter plus de démocratie là où une seule votation pourrait éventuellement contraindre la Suisse à résilier un nombre de traités indéfinis, alors qu’en temps normal chaque retrait d’un accord ferait l’objet d’un référendum ? Comment garantir la protection de nos droits fondamentaux et donc de notre État de droit démocratique si, privé de la CEDH, le citoyen ne peut plus recourir contre une norme invérifiable par le Tribunal fédéral ?

Le public ne semble pas s’être fait duper, comme en témoigne la Landsgemeinde finale. Il aura cependant apprécié la représentation des artistes. Et dans les couloirs de l’Université de Fribourg, les murmures mentionneront encore longtemps le lancer de couteaux, numéro qui n’aura heureusement blessé personne, si ce n’est peut-être le débat démocratique…