Discours d’au revoir

Fribuniens, fribuniennes,

Je voulais vous le faire en alexandrins mais les lectures ne faisant pas le talent, laissons Cyrano jongler avec les mots et amusons-nous autrement.

Des ambitions, une pointe de révolte, et de l’indépendance ancrée à jamais dans l’esprit du 23 juin (J’explique pour le badaud qui n’est pas jurassien, hier (23 juin 2014) le Jura fêtait les 40 ans du plébiscite qui a lancé la libération du joug bernois; et non pas joug comme un joug fleur). Alors disais-je, emprunt d’indépendance et de défiance, les potes à l’affût et toujours prompts à donner quelques coups dans l’amorphe fourmilière universitaire, La Fribune est lancée. Un élan bien pesé et une régularité qui fait des émules, voici notre média sous le feu des projecteurs : télé, radio, presse écrite et même transports publics… Après l’ambition, il a fallu assumer pour rendre la pareille aux médias qui ont cru à l’essor vivifiant d’un nouveau support étudiant. Parce qu’on a beau faire les malins et vouloir dynamiser le campus, il faut trouver du monde et l’expérience nous dit que les futurs journalistes ne sont pas pléthores. Heureusement, quand on a des potes, ça devient presque facile de trouver des personnes motivées pour écrire, par-ci, par-là, leurs envies, leurs intérêts, leur humeur, leur passion, leur vision du monde.

Tout le monde sait écrire, là n’est pas la difficulté, par contre il faut prendre le temps de le faire et l’afficher au pilori d’un public critique. Il faut pouvoir se dire sans jamais l’avoir testé qu’on peut intéresser les gens et que ce qu’on dit plaise, il faut se dénuder devant le lecteur (bon ça certains le font mieux que d’autres), s’offrir sur le plateau du web et ne pas se prendre les pieds dans la toile. Trouver une idée, se renseigner, se déplacer, s’informer, transposer, corriger, se dévoiler, Tout ça, vous l’avez fait et vous l’avez fait avec La Fribune, vous l’avez fait pour les étudiants et pour une idée que vous trouviez à peu près bonne.

Comme je l’avais suggéré en début de semestre, des séances régulières devaient nous permettre de nous lier, de créer un esprit congrégationaliste, une équipe de laquelle surgirait un Haka cérémoniel, alors fervent de patriotisme fribunien nous marcherions, fiers, l’étendard levé sur les frontières de l’Hindou Kouch en défiant le spectre… pardon je me suis emballé… bref, nous sommes devenus un groupe et ça, ça me plaît pas mal !

Je ne sais pas ce que vous en pensez mais il me semble que nous ne nous en sommes pas si mal sortis. Et qui dit sortie dit apéro mais ça c’est pour après. Avent, oui ce n’est pas encore Noël, qu’on nous mette sous presse, ce qui sonnerait l’aplatissement de notre concept, j’aimerais soigner quelques mots pour applaudir ce premier semestre de vie commune. « Comme un espoir mis en chantier » mais ça on verra ce que Jean Ferrat. Plus encore qu’un exercice d’écriture, La Fribune, le média qui en a, a été un nid ni de dent ni de gnons, diguedon ni de dingue nom de nom mais d’amis de salami et de gens bons. Tant qu’on boira des bières, les braves se battront du bord du bar à Baltimore.

Jean (encore) Fira non finirais enfin, pour résumer ce que La Fribune fut, ce qu’elle est et ce qu’elle sera, en brassant Brassens, hommages aux Georges de la place Python ; dans la même dynamique qu’une fin de travail de master, le premier semestre de cette année scolaire se fit « en courant sus à un voleur qui venait de chiper l’heure à notre montre ». La Fribune se lance pas à pas, et le temps s’envole, tempétueux mais « bien sûr si l’on ne se fonde que sur ce qui saute aux yeux, le vent semble une brute raffolant de nuire à tout le monde ». Alors haut les coeurs, la jeunesse prime : « j’ai 26 ans mon vieux Corneille et je t’emmerde en attendant ».

De plus, notre entrain est alimenté par la stagnation d’autres médias, nous pouvons affirmer avec fierté que « s’il y a des coups de pieds quelque part qui se perdent, le nôtre toucha à son but ». Parfois « il suffit de passer le pont et c’est tout de suite l’aventure », c’est ainsi que la rentrée de février voit apparaître par flyers et gueuleurs, La Fribune toute fraîche qui disait aux étudiants : « j’ai rendez-vous avec vous ».

Malheureusement, comme « chez la belle Suzon pas d’argent pas de cuisse », le défi pécuniaires nous assaille (ou Massaï comme diraient les grands Pygmées ). « m’donne de son or oui mais de son or moi j’m’en fous » et « sans souci du qu’en dira-t-on ». Libre de toute contrainte sponsorisée La Fribune ne suit pas « les gens faits nous dit-on pour vivre ensemble comme des moutons, elle vit seule et c’est pas demain qu’elle suivra le droit chemin ».

Les statistiques probantes de ces derniers mois et l’écho reçu de-ci, de-là nous font espérer que « s’il faut aller au cimetière nous prendront le chemin le plus long, nous ferons la tombe buissonnière et quitterons la vie à reculons ».

Dans ce terreau fertile et grâce à l’éclectisme et la motivation de vous tous, souhaitons de tout coeur que La Fribune continue de « pousser en liberté dans les jardins mal fréquentés ».

Pour moi ce fut une année magnifique, une expérience très riche et des amitiés très chères : « mon bel amour dure encore et c’est à jamais ».