A la fin de l’année 2013, La Bosnie-Herzégovine a procédé au premier recensement de sa population depuis 1991. Dans ce pays, ce processus prend une dimension toute politique et ravive les pensées communautaristes.

La Bosnie-Herzégovine a procédé durant le mois d’octobre 2013 à un grand recensement visant à récolter des données élémentaires sur le pays et à développer un système statistique fiable à la demande de Bruxelles. Ce processus est une condition préalable au rattachement du pays à l’Union européenne.

Trois des questions posées dans l’enquête sont dans tous les esprits: Êtes-vous bosniaque, croate ou serbe ? De religion musulmane, catholique ou orthodoxe ? Parlez-vous bosnien, croate ou serbe ? Bien plus qu’une opération statistique, ce recensement ravive des velléités nationalistes et les mauvais souvenirs de la guerre des années nonante.

Les conflits débutent en 1992, à la suite de la déclaration d’indépendance de la Bosnie-Herzégovine. L’armée des serbes de Bosnie attaque Sarajevo puis avance progressivement vers les principales villes du pays, procédant à une purification ethnique dont les bosniaques, ou musulmans de Bosnie-Herzégovine, seront les premières victimes. Les accords de Dayton, signés en 1995, marquent la fin des luttes interethniques et proposent une partition du territoire : la Fédération de Bosnie-Herzégovine, croato-bosniaque d’un côté, et la République serbe de Bosnie de l’autre. Cette division basée, comme la guerre, sur des critères culturels et ethniques ne permettra jamais au pays de sortir des clivages raciaux. Chaque entité possède encore aujourd’hui ses propres autorités politiques et sa propre constitution.

L’enjeu de ce recensement est double : moral et politique. Moral d’abord car la Bosnie-Herzégovine qui n’a pas terminé de faire le bilan meurtrier de la guerre, doit désormais compter ses vivants. Les résultats rouvriront d’anciennes plaies, celles des massacres, des déplacements de population. Dans la municipalité de Srebrenica par exemple, autrefois peuplée en grande majorité par des bosniaques et qui fait désormais partie de la République serbe de Bosnie. Politique ensuite car les postes confédérés sont répartis en fonction de l’importance des différentes ethnies recensées, actuellement selon des données recueillies en 1991, avant la guerre.

Durant toute la durée du recensement les représentants politiques et religieux des différents camps ont appelé à répondre « juste », à cocher les bonnes cases. Un slogan dit par exemple « Je suis bosniaque, ma religion est l’islam et ma langue est le bosnien ». Cette propagande vise à éviter que ne se reproduise la mauvaise surprise d’un recensement test mené en 2012. Plus d’un tiers des sondés s’étaient alors dit Bosniens, Herzégoviniens ou Bosno-Herzégovinien.

Les premiers résultats seront dévoilés dans les mois qui viennent, mais il faudra attendre plus d’une année encore, selon l’agence de statistiques européenne Eurostat, pour connaitre la répartition des différentes communautés à l’intérieur du pays. Les rumeurs enflent déjà sur la proportion de chacune des communautés. Le point d’orgue de ces débats sera sans nul doute les élections présidentielles qui auront lieu en octobre 2014.