Face à la saturation du marché des logements, certains étudiants vont jusqu’à dormir au camping pour ne pas se retrouver à la rue. D’autres décident volontairement de joindre l’aventure à l’économie et vivent au fil des parkings gratuits, dans leur van. Portrait de 3 d’entre eux.

 Bon déjà on est en retard, on arrive à l’arrache par un chemin caillouteux et désert vers un parking isolé et vide. Thibault et Jonas, étudiants à l’université de Lausanne m’emmènent pour un barbecue chez un de leur pote. Au bord du lac, une terrasse sur la plage, c’est promis. « Le voilà » s’enthousiasment-ils… Discret, sur une place goudronnée, lumières éparses et toilettes publiques en face, Gaël* nous indique sa maison, par une lumière étiolée sur le pas de la porte de… son van. Et oui, après avoir vécu plusieurs années dans des colocs peut convaincantes et l’été approchant, Gaël a décidé de laisser tomber les appartements et vit désormais au gré des places de parc gratuites, suivant la route de ses envies : « c’est la liberté totale, j’ai déjeuné à Saint-Sulpice, sur le débarcadère et on mange ce soir au bord du lac ! » s’amuse-t-il. Il n’est pas dans le besoin mais dormir dans son van lui permet d’économiser environ 500.- par mois qu’il épargne pour son Erasmus à Grenade le semestre prochain.

Pourtant, la voie publique n’étant pas privative, Gaël doit se montrer prudent et change régulièrement de place dortoir. Il nous recommande la discrétion : « J’ai appris que c’était illégal de faire ça » même si il nous avoue qu’un autre van n’a pas bougé depuis plusieurs semaines, lui préfère se déplacer constamment.

Il nous fait visiter son antre : un salon amovible et des lits superposés enfouis dans le coffre, une cuisinière et un frigo, une salle de bain sans eau, des placards à foison. Gaël montre son confort, toutes les possibilités, sa canne à pêche et surtout, sa terrasse. Sa terrasse qui change selon le temps, selon les heures… « C’est l’aventure en ville » s’enjoue-t-il !

Thibault et Jonas n’ont, eux, pas eu le choix. Après des recherches intensives (certes un peu tardives avouent-ils), une quantité de dossiers envoyés et jusqu’à 3 appartements visités par jour pendant un mois sans réussite, ils se rendent à l’évidence, la caravane des parents de Jonas leur servira de logement jusqu’à ce qu’ils trouvent quelque chose. Ils restent un semestre entier au camping de Lausanne. « Au début c’était trop les vacances, on faisait des grillades, tous les potes venaient ». Pourtant ils déchantent vite, l’hiver arrive et ils se marchent dessus dans un si petit espace. Ils finissent par louer un bungalow et se réjouissent de retrouver l’eau courante. Thibault affirme même que le patron du camping connaît un étudiant qui loge sous tente à l’année ! Mais eux ne l’ont jamais vu.

Ils vivent maintenant en colocation avec un de leurs amis mais l’un d’eux m’avoue : « On a dû demander à mes parents de prendre un appart en résidence secondaire à Lausanne pour pourvoir habiter ici. Les propriétaires s’en sont vite rendu compte mais on avait pas le choix et on a eu quelques problèmes. »

 

D’ailleurs, alors que nos grillades doraient et annonçaient un repas festif, la plage s’anime un peu plus loin : un couple s’affaire à alimenter un énorme feu et à planter une tente. Je m’approche, ils sont méfiants et je dois les rassurer sur mes intentions. Une jeune fille à petites lunettes, les cheveux long et raide qui ressemble à n’importe quelle étudiante m’explique ce qu’ils font : «Moi je viens de Lausanne et lui il vient de…. Lausanne aussi » me dit-elle sans s’éterniser sur le statut de son compagnon. Elle me fait savoir qu’elle est au chômage et qu’ils ont fêté nouvel an ici. Depuis ils reviennent régulièrement. Le froid ? « Avec le feu ça va » affirme-t-elle.

 

Par choix ou par nécessité, le camping à des avantages financiers indéniables et la liberté se mêle à l’aventure, quand il fait beau, c’est les vacances. Comme Thibault et Jonas, Gaël espère profiter du manque de confort et d’électricité pour passer tout son temps à la bibliothèque !

Après ces grillades au bord du lac, je dois prendre le dernier train pour retrouver mon lit et mon appart. Gaël quant à lui, n’a pas le souci des horaires et Jonas finira par dormir dans le van, sur le lit du haut.

En espérant que quand les examens arriveront, ce sera le bon moyen pour passer tout son temps à la bibliothèque et pas autour du feu, parce que ce ne sont pas les envies qui manquent quand on dort où l’on veut : « j’ai trop envie de faire le tour du monde avec le Van, c’est vraiment trop bien » conclue Gaël.

*Prénom d’emprunt