#FIFF 2018 | « Foxtrot », un drame poignant et onirique sur Israël et ses traumatismes

Le film s’ouvre sur une annonce faite dans l’embrasure de la porte d’un chic appartement de Tel Aviv : « Votre fils est mort dans l’exercice de ses fonctions ». La mère s’écroule, les militaires israéliens venus annoncer la nouvelle lui injectent un sédatif et l’allongent dans un lit. Le père se retrouve seul, tente de garder la face alors qu’en lui tout semble s’effondrer. Premier acte d’un récit qui en compte trois principaux, oscillant entre le drame et une légèreté néanmoins mélancolique qui questionne la tension permanente entre la fatalité et le hasard, entre ce qu’on peut ou non contrôler.

Le réalisateur, Samuel Maoz, a voulu livrer à travers ce film une réflexion sur la société israélienne qui « produit et reproduit du traumatisme » selon lui. Via la mémoire collective notamment, illustrée par une anecdote que le réalisateur livre après la projection. Dans sa jeunesse, alors qu’il ramène de l’école une note de 7/10 sa mère s’écrie « C’est pour ça que j’ai survécu à l’holocauste ?! ». La résilience peine encore à se faire une place devant l’ampleur du traumatisme. Via aussi un « état de guerre permanent ». Le réalisateur a lui-même servi dans l’armée israélienne lors de la guerre du Liban. Plus de guerre ouverte à proprement parler aujourd’hui, mais les tensions restent vives et beaucoup de militaires souffrent de stress post-traumatique. Le titre du film découle de ces impasses traumatiques. Le Foxtrot, une danse où l’on finit toujours par revenir sur ses pas, au point de départ.

La photographie est sublime tant dans le huis clos froid d’un appartement que dans les vastes horizons d’un checkpoint à la frontière israélienne où le fils était déployé. Aucun plan ne manque, aucun n’est de trop. Les acteurs livrent une performance de haut vol. Lior Ashkenazi en particulier, le père, dont on voit petit à petit se fissurer les barrages de faux-semblant qu’il avait soigneusement bâti en lui.

Le film n’est malheureusement plus projeté au FIFF (à moins qu’il gagne le Prix du public…) mais sortira dans les salles suisses en avril.