Alors que Rosetta se posait sur la comète comme un triomphe de la technique et de la science européenne, le poste de conseiller scientifique en chef à la commission européenne était, lui, supprimé, suscitant l’incompréhension et l’indignation de la communauté scientifique et des milieux intellectuels, et sonnant comme une victoire pour Greenpeace. 

Anne Glover

Anne Glover, biologiste réputée et conseillère scientifique en chef à la commission européenne sous la présidence de Barroso ne sera pas reconduite sous la présidence de Juncker, personne ne la remplacera, le poste sera supprimé. Bien qu’éclipsée par le scandale LuxLeaks, la nouvelle a scandalisé la communauté scientifique internationale et profondément choqué une partie de l’opinion publique, alors que des ONG comme Greenpeace, l’Alliance pour la Prévention du Cancer britannique ou le Réseau Environnement et Santé – qui avaient réclamé son départ et la suppression du poste plus tôt dans l’année – crient victoire.

Anne Glover est en effet détestée des milieux pseudoscientifiques et d’une partie des milieux se revendiquant écologistes. Une haine due à sa défense des nanotechnologies, de l’ingénierie génétique et plus particulièrement des OGM, défense construite en se basant sur la réalité scientifique ainsi que sur une rhétorique forte, allant jusqu’à assimiler l’opposition aux OGM à une maladie mentale. En juin de cette année, Greenpeace suivie d’autres organisations demandèrent dans une lettre à Juncker la suppression du poste de conseiller scientifique en chef, considérant  le poste comme trop important pour une seule personne, et attaquant personnellement Glover, critiquant sa position soi-disant biaisée et partiale.

Au vu de la situation, il est alarmant de constater que la politique européenne semble se plier à des exigences d’ONG comme Greenpeace, exigences non fondées sur la réalité scientifique, et de tourner le dos à la science. Le mythe de l’OGM néfaste pour le corps, la société et l’environnement est ce qu’il est, un mythe. Le véhiculer sans prendre la peine de le confronter à la réalité scientifique est un acte irresponsable. Je ne vais pas lister ici l’intégralité des mythes concernant le sujet, la liste serait trop longue et ce travail a déjà été fait de manière méthodique à maintes reprises. Je me contenterais de rappeler ici de manière très abrégée que jusqu’à présent aucune étude scientifique n’a permis d’identifier un quelconque danger lié aux OGM, une sécurité que l’Organisation Mondiale de la Santé ne cesse de rappeler. Les OGM ont également permis d’augmenter le rendement de l’agriculture et ont contribués à l’augmentation du niveau de vie des agriculteurs, particulièrement dans les pays émergents. La dernière étude menée sur le sujet est une méta-analyse de l’Université de Göttingen, concluant  qu’en moyenne, au niveau mondial, la technologie OGM a réduit la consommation de pesticide de 37%, a augmenté la production des champs de 22% et augmenté les profits des fermiers de 68% (il est précisé que ces chiffres sont plus élevés dans les pays en développement que dans les pays développés).

L’opposition de Greenpeace aux OGM est une bonne illustration des dangers qu’encourt la science européenne d’aujourd’hui. Une partie du camp écologiste semble en effet avoir coupé les ponts avec l’écologie en tant que science, et donc tourné le dos à la rationalité, au profit d’une orientation idéologique visiblement anti-biotechnologies, semblable à une religion, avec ses dogmes et ses croyances. La science est effrayante, le vivant un domaine sacré intouchable, l’intervention humaine dans le domaine de la nature est forcément mauvaise, leurs livres saints (parmi lesquels on peut citer l’étude de Séralini) sont autant de prétendues analyses à la méthodologie douteuse et leur grand Satan prend l’apparence de Monsanto, compagnie tentaculaire et capitaliste prête à nous vendre du poison pour faire un plus grand bénéfice, image souvent agrémentée de théories du complot (il est à noter au passage que Monsanto, loin d’être sans défauts, a toutefois été victime d’une quantité impressionnante de diffamations en tous genres, généralement basés sur des déformations flagrantes de la réalité, mais également parfois sur des affaires inventées de toute pièces, comme les prétendus procès de fermiers bio qui refuseraient d’acheter des OGM). Cette orientation est alarmante compte tenu de l’apport colossal des biotechnologies et de l’ingénierie génétique à l’humanité, et risque également de porter préjudice aux écologistes sérieux se basant sur la science.

Ce camp, qu’il faut bien appeler pseudoscientifique – et donc pseudo-écologiste – ayant perdu le débat rationnel depuis des années, s’est retranché au niveau émotionnel. Répéter inlassablement que les OGM ne sont pas assez testés et qu’ils sont un danger n’a aucunement pour but de s’attaquer aux positions scientifiques rationnelles, mais de susciter la peur dans la population de manière à aligner les politiques sur leurs croyances plutôt que sur la réalité scientifique. C’est là une manière de court-circuiter le débat rationnel qui a malheureusement prouvé son efficacité contre le professeur Glover. Ce type d’activisme, ici exemplifié par les anti-OGM, n’est pas une pratique propre à ses derniers, et semble se développer de façon inquiétante dans le domaine de l’alimentation et de la santé en générale (mouvements anti-vaccins, anti-gluten, anti-chimie, la liste est longue).

Face à cette situation dramatique, il nous faut plus de défenseurs de la science, de personnes comme Anne Glover. Il nous faut aussi les écouter et les aider à se faire entendre. Il nous faut des individus capables de s’opposer aux affirmations infondées, non vérifiés et irresponsables d’organisations pseudoscientifiques, ainsi qu’aux mouvances visiblement antiscientifiques, pour combattre leurs mythes non pas en les muselant, mais en les confrontant à leurs assertions et à leurs argumentaires basés sur l’émotion et non sur les faits.  Cette opposition doit être faite de manière systématique, claire et dépassionnée.

Logan Salmona

Documents et articles en complément :

Étude de Göttingen :
http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0111629

Autres articles sur Anne Glover :
http://www.newyorker.com/news/daily-comment/european-sciences-great-leap-backward

http://www.theguardian.com/science/political-science/2014/nov/13/juncker-axes-europes-chief-scientific-adviser

http://www.theguardian.com/commentisfree/2014/nov/14/sack-scientist-opinions-anne-glover-greenpeace

Articles et vulgarisations concernant le débat OGM :

http://theness.com/neurologicablog/index.php/persistent-anti-gmo-myths/

http://theincidentaleconomist.com/wordpress/healthcare-triage-gmos/