Pas facile de s’intégrer dans un pays dont on ne connait ni la langue, ni les coutumes. Heureusement, les rares touristes du Rwanda sont le centre de toute l’attention. Les moto-taxis les hèlent dans l’espoir de les arnaquer un peu et les passants, très curieux, montrent beaucoup d’intérêt à les rencontrer. C’est l’opportunité d’apprendre 2-3 mots en Kinyarwanda !

Enfants de la campagne rwandaise

Enfants de la campagne rwandaise

Les hasards du voyage et l’envie de boire une bière font que les premiers mots que j’ai appris sont : « Kubuzima bwacu ». C’est l’expression que tous les étudiants doivent connaître : « que votre vie soit belle ! ». En bref « Prost ! Cheers ! Nasdrovie ! Salute ! Santé !».

Comme touriste à Kigali, impossible de passer inaperçu, ou alors il faudra m’expliquer comment. En tout cas, parler allemand avec le cuistot (qui a travaillé en Allemagne il y a très, très longtemps) n’est pas la panacée de la discrétion. Surtout que lui, il a envie de montrer à tout le monde qu’il parle la langue de l’étranger… Alors forcément, quand je demande un bon coin pour aller souper local, un homme propose de me montrer. Ma chance, c’est qu’Emmanuel (l’individu en question) n’est pas un habitué des hôtels de luxe. Il est chômeur depuis 5 ans et m’accompagnerait avec plaisir mais il n’a pas d’argent. Allons bon… qu’auriez-vous fait ? Bien oui, je l’ai invité en insistant sur mon statut d’étudiant, histoire de me mettre des limites. Sauf que quand on veut respecter ses limites, on évite la bière.

J’ai offert la tournée aux 5 poivrots du bar en dégustant une excellente brochette de chèvre. Le bonhomme me prend un peu pour l’aide sociale et m’appelle toute les heures pour savoir ce que je fais. Un peu lourd mais pratique pour découvrir la ville.

Mais allons voir un peu la campagne ! et c’est vrai que c’est troublant. Du faste de la ville, de la cité modèle, on s’enfonce dans les montagnes pour découvrir une réalité totalement différente.  La campagne est extrêmement pauvre et la beauté du paysage ne peut pas cacher cette vérité. Conscient de cela, le gouvernement met tout en œuvre pour la développer. Après le génocide, le pays a été restructuré et toutes les maisons ont été regroupées pour former des villages. Ce regroupement a plusieurs avantages, notamment sécuritaires et organisationnels. Les soins, l’éducation et les transports sont plus facilement accessibles et participent à l’amélioration de la qualité de vie de nombreuses personnes.

Au niveau agricole aussi, les villages s’organisent et les coopératives foisonnent. Souvent, il est impossible pour un paysan d’investir dans des engrais, de nouvelles semences ou des produits de traitements. Le manque évident de moyen financier rend l’innovation difficile. L’organisation en coopérative permet de pallier à cela grâce à des prêts, de l’entraide et des conseils.

Le gouvernement met tout en œuvre pour intensifier la production agricole et permettre aux paysans de sortir du cercle de la pauvreté. La production de surplus pour la vente est le début du développement. Par développement, entendez : « accès à l’éducation, aux soins, à l’eau potable… ». Cette intensification peut être critiquable puisqu’elle ressemble drôlement à ce que l’Europe a vécu il y a 50ans, avec pour conséquences tous les résultats qu’on connaît. Sauf que la vision d’avenir du développement de l’agriculture intègre bien d’autres facteurs que l’utilisation de la chimie. Les technologies dites de Gestion Intégrée de la Fertilité des Sols (GIFS) couvrent tout le processus de production pour un résultat encourageant. L’utilisation de semences améliorées, d’engrais inorganiques, d’amendements organiques, de la rotation culturale etc. est arrivée dans les campagnes en entrainant une augmentation fulgurante de la production. Les rendements des pommes-de-terres sont passés de moins de 10t/ha à 25t/ha en moyenne aujourd’hui. Et cela en moins de 10ans. Grâce à ce surplus de production, les paysans améliorent leurs conditions de vie, envoient leurs enfants à l’école, peuvent se payer une assurance maladie et investir pour la saison suivante.

Aujourd’hui, 60% des producteurs ont adopté les technologies GIFS avec succès. Pas de quoi craindre les catastrophes écologiques qu’on connaît pour autant. La densité de population et les petites structures agricoles sont deux freins importants à l’agriculture industrielle.

Après cet interlude agricole, revenons à la ville. J’ai déménagé au nord du pays, près des volcans et des gorilles. Décores splendides, collines recouvertes de cultures, bananes, thé, haricots, maïs et pommes-de-terre, vertes jusqu’à la plus haute cime. Les grandes routes du pays serpentent les collines pour le plus grand plaisir des coureurs cycliste du Team Rwanda, qu’il faudra commencer à surveiller de près dans les courses internationales ces prochaines années.

Comme je suis parti de Kigali, mon chômeur m’a lâché. Alors que je craignais de ne trouver personne pour découvrir la ville de Gisenyi, mon chauffeur m’appelle pour me dire qu’il n’est plus en service et qu’il voudrait me montrer un peu les alentours. Comment dire…Je ne vais pas m’étaler, il faut conclure. Disons simplement que les bières sont fortes (influence belge oblige) et que mon chauffeur est génial… c’est moi qui l’ai reconduit à l’hôtel.

Amashongore (puisses-tu avoir plus de vaches)