La Fribune est une nouvelle association étudiante qui vient complémenter un tissu associatif fribourgeois déjà bien vivant. Alors pourquoi une de plus ? Pourquoi toutes ces associations ? Porteuses de valeurs qui fondent notre société et engendrant des dynamiques qui les dépassent, elles sont bien plus que ce qu’elles ne paraissent !

Qu’elles en portent le nom ou pas, qu’elles en prennent la forme ou non, qu’on y soit rémunéré ou bénévole, on ne compte pas le nombre d’associations, d’organisations, clubs, forums, confréries, collectifs, etc. tant ils sont nombreux en Suisse. Qu’il s’agisse d’organiser un championnat national de foot, de représenter les intérêts des étudiants de Fribourg ou de collaborer à l’aide au développement au Rwanda, des milliers de gens créent ou s’inscrivent au sein d’associations pour atteindre des « buts non-lucratifs ».

Tout commence par une idée et la volonté de la réaliser : on aimerait faire quelque chose, on a besoin d’atteindre un objectif, de résoudre un problème. On ne le fait pas pour l’argent (bien souvent, on n’en a simplement pas) et on ne peut pas le faire seul. Alors on regarde autour de soi s’il n’y a pas quelqu’un de la famille ou un de nos amis qui voudrait nous aider, on regarde sur internet si quelqu’un d’autre ne propose pas déjà une solution, etc. Et finalement, on va se coordonner pour agir ensemble. Les mafias ne s’y sont pas prises autrement !

La caractéristique principale d’une association, selon le droit suisse, est qu’elle ne poursuive pas un but lucratif. Autrement dit, ce que l’on fait, on ne le fait pas pour l’argent : on n’organise pas des soupers de Fachschaft pour en tirer des bénéfices ! Mais alors, pour quoi ? Pourquoi est-ce que quelqu’un accepterait-il de vous aider s’il n’a rien à y gagner ? Pourquoi est-ce que vous donneriez de votre temps et de votre argent pour améliorer la qualité de vie de gens que vous ne connaissez pas ? Qu’est-ce qui vous permet de croire que vous allez y arriver ? Ou qu’un des membres ne partira pas avec la caisse ?

Les gens s’organisent au sein d’associations pour deux raisons : le but à atteindre et la façon d’y parvenir. Parfois, les objectifs peuvent être très difficiles à atteindre…parfois, simplement, ce n’est pas tant les atteindre que d’essayer et de participer qui compte. C’est véritablement la façon dont on va participer qui est primordiale ! C’est avant tout parce que nous partageons les mêmes soucis, les mêmes valeurs, les mêmes conceptions que nous allons nous regrouper pour agir ensemble. C’est parce que nous croyons tous que nous pourrons atteindre tel objectif que nous allons nous rassembler.

S’inscrivant au cœur de son fonctionnement et de ses valeurs, la Fribune évolue grâce à « une dynamique associative fortement participative et complètement bénévole ». La Fribune est le résultat d’étudiants qui partageaient la même impression qu’il manquait un journal s’adressant aux étudiants de l’Université de Fribourg avec une certaine rigueur journalistique. Ne trouvant pas d’autres moyens, ils ont alors choisi d’agir et de créer un média étudiant, par les étudiants, pour les étudiants !

Tiens, cela ne vous sonne-t-il pas familier ? Traduits en termes politiques, cela ressemble étrangement aux quelques mots que Lincoln adressait à Gettysburg en 1863. En fait, il n’y a rien d’étrange : c’est parce que les valeurs qui fondent cette volonté de créer des associations sont les mêmes qui fondent nos démocraties modernes

S’investir dans une association, c’est avant tout rencontrer des gens extérieur à notre famille, c’est faire confiance à des étrangers, du moins suffisamment pour collaborer avec eux. On ne sait pas ce que ça va donner mais on prend le risque (certes, relativement faible en Suisse, mais pas inexistant). On est obligé de tolérer la diversité des opinions, l’équivalent de la tolérance. S’impliquer dans une organisation, c’est agir et réfléchir en marge de l’Etat (une organisation « non-gouvernementale »), ou palier à une de ses carences. On favorise là la liberté d’expression, fondamentale à la démocratie. Donner de son temps et de son argent sans chercher à en gagner encore plus, c’est choisir une autre raison que celle du libéralisme économique : c’est pour les relations humaines que l’on y développe, c’est pour améliorer la façon dont on vit ensemble.

Et tout cela concoure également à renforcer nos systèmes démocratiques : ce sont les mêmes personnes qui, le jour, travaillent au Département Fédéral des Finances et, le soir venu, jouent dans un club de volley. Parce qu’une association ne peut ni exister ni perdurer sans les efforts de chacun de ses membres, ils ne restent pas ensemble si l’objectif ne semble pas ou plus atteignable, ou si on leur demande un comportement qui va à l’encontre de ce en quoi ils croient : pourquoi est-ce que je continuerai à me rendre tous les mardis dans mon club de bowling si la cotisation est excessive ? si les pistes sont dans un tel état qu’on ne peut même plus y jouer ? ou si on me demande toujours de tricher ?

La Fribune n’a aucune prétention politique mais, comme toutes les associations, elle repose sur des valeurs qui sont fondamentales à nos sociétés. Par son mode de fonctionnement, elle les met en œuvre et les promeut de façon inconsciente. À son échelle, elle est une expérience de la démocratie. Venant s’ajouter en complémentarité aux nombreuses associations existantes, la Fribune encourage également les valeurs qui les soutiennent toutes et participent ainsi à leur renforcement.