Le Proche-Orient n’a de cesse de tenir la vedette à la une des journaux occidentaux. Les conflits y sont légions et ne semblent pas vouloir s’arrêter. Aux sources de ces différends, l’eau tient une place souvent méconnue. Elle est pourtant une des ressources clés d’une paix tant espérée.

Crédit photo: Corbis

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Tant de pages de l’Histoire s’écrivent sur des ventres vides ! L’Empire romain a longtemps reposé sa paix intérieure sur le fameux « Panem et Circenses », du pain et des jeux ! La révolution française prit feu sur les sols nus du pays, la gloire du nazisme s’est assise sur la promesse d’une abondance retrouvée et les mouvements populaires qui font l’actualité du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord en ce début de siècle se nourrissent de l’angoisse de la faim. Souvent passées sous silence ou oubliées dans un coin du journal, les sources des conflits suivent régulièrement le schéma « mauvaise récolte – prix élevés – descente dans la rue ». Quoi de plus normal, dès lors, que de vouloir assurer la satiété à son peuple ?

Dans le bassin du Jourdain, cette lutte pour la paix intérieure passe par l’accès à l’eau et à son utilisation. Les différends qui s’y rapportent ont depuis longtemps tendance à se régler de manière belliqueuse. Aux alentours de la Mer Morte, qui peut encore empêcher les vagues de colère de se transformer en bain de sang ?

S’il est des fleuves chargés d’histoire, le Jourdain est de ceux-là. À la croisée des peuples, des religions et des cultures, il avait tout pour devenir symbole de vie, d’espoir et d’union. Mais plus maître de lui-même, il s’est métamorphosé. Pompé, endigué et détourné, il est source des plus vifs désirs et victime de sordides jeux de pouvoir. Ressource clé de nombreux pays du Proche-Orient, il est convoité au nord par le Liban et par la Syrie qui s’abreuvent de ses affluents, à l’est par la Jordanie, à l’ouest et au sud par la Cisjordanie qui se partage elle-même deux pouvoirs ; Israël et l’Etat Palestinien.

Dans le climat méditerranéen du Proche-Orient, l’accès à l’eau est capital pour les besoins de base et la production agricole. Autour du Jourdain, l’agriculture de tous les pays doit concilier forte pression démographique et instabilité politique. Pour faire face à cela, de nouvelles terres agricoles sont quasiment inventées. Au milieu des déserts, des légumes commencent à pousser. Particulièrement en Israël, où la technologie et les subventions gouvernementales permettent presque tout.

Situation idéale ? Le monde entier devrait prendre exemple ; les terres incultivables du désert deviennent les piliers de la production ! D’autant plus qu’elles ont l’avantage d’être exemptes d’insectes et de maladies problématiques pour les cultures. L’agriculture biologique la plus facile du monde !

Sauf que le Jourdain et les nappes phréatiques  avoisinantes ne suivent pas le rythme. Même avec l’irrigation la plus efficace possible, on ne produit pas de légumes sans eau ! De surcroît, aucun renouvellement des nappes et des pluies n’est possible avec un tel système artificiel. Car, par souci d’économie, les systèmes sont le plus fermés possible et les plantes irriguées par le strict nécessaire d’eau, aucune goutte ne vient renouveler les sources aquifères. Enfin, cette production High Tech est destinée à l’exportation, avec toute son eau, ses nutriments et sa fausse bonne conscience.

Pour résumer, l’agriculture (pour les 2/3) et les ménages consomment 150% des ressources d’eau renouvelables, asséchant le Jourdain, la Mer Morte, le Lac de Tibériade et les nappes phréatiques.

S’ajoutant à cela, des mesures de préservation des eaux salubres doivent être mises en place dans la région. En effet, des déchets de toutes sortes étant déversés directement dans les eaux de surface, les agriculteurs se doivent d’exploiter des ressources d’eau propre afin de ne pas noyer leurs champs sous les immondices. Sans un changement drastique de ce genre d’habitude et la mise en place de structures d’épuration, l’avenir s’annonce donc bien sec. La réduction de moitié de la consommation d’eau salubre par l’agriculture ne permettrait même pas de subvenir aux besoins urbains.

Résultat ? La population dans son ensemble vit sous la pression constante d’une pénurie d’eau, compromettant l’accès aux besoins essentiels que sont l’hygiène et la sécurité alimentaire. Sans considération géopolitique, tous les acteurs ne peuvent remettre en question leur consommation actuelle et trouver une voie pour endiguer le problème. Mais les vives tensions qui agitent cette région du monde, attisées par la fierté et l’identité nationale intensifiée par un climat continuellement hostile, rendent difficile toute idée de coopération, qui semble pourtant être seule garante de durabilité des points d’eau environnants. Si aucune solution n’est trouvée dans un futur proche, la Mer Morte trouverait tristement en son nom sa destinée et en aurait bientôt fini d’être une destination touristique. Les bains de boue perdraient ainsi leur attrait en même temps que leur eau.