Tout récemment, nos collègues de chez Spectrum publiaient un article sur le CE, le Conseil des Etudiants, organe important pour la vie étudiante s’il n’en est. Pourtant, en lisant cet article, je me suis posé une question : si le CE est si important pour le bien-être quotidien des étudiants de Fribourg, pourquoi cet organe reste-t-il méconnu ?

Loin de moi l’idée de décrier l’existence d’un tel organe étudiant au sein d’une université comme celle de Fribourg. Composée de cinq facultés elles-mêmes divisées en autant de départements, domaines et instituts que nécessaire, l’existence d’un organe regroupant toutes les Fachschaften [associations d’étudiants] afin de les faire coopérer et travailler ensemble est primordial. Cependant, et l’article de chez Spectrum le souligne à juste titre, cet organe, présenté pourtant comme LA référence en matière de politique universitaire, est souvent oublié, mal connu, voire décrié, puisque personne n’en comprend l’importance.

Et si c’était vrai ?

Car si le Conseil des Etudiants est en effet présidé par et pour des étudiants, il n’en reste pas moins un organe au sein d’une Université qui, elle, aura le dernier mot. Le dernier exemple en date est la fameuse question des micro-ondes en libre-service dans les cafétérias de l’Université ; réclamation ô combien centrale pour les étudiants, mais aussi vieille de plusieurs années puisque l’Université (et ses prétentions en matière d’hygiène) bloque toujours à la signature. Dernièrement, on pouvait lire sur le réseau social de l’AGEF que « le Conseil des Etudiants a donné son accord : le Comité de l’AGEF va préparer un projet de micro-ondes à l’Uni » ; entendons-nous bien : le Comité va devoir plancher sur un projet, qu’il devra ensuite faire valider par le Rectorat de l’Université de Fribourg, l’organe suprême si vous le voulez bien.

Vous l’aurez compris, ce n’est pas demain la veille qu’on pourra faire chauffer nos pauvres petits Tupperware remplis de pâtes, au lieu de dépenser notre argent durement gagné au cours d’un énième job étudiant pour aller s’acheter un sandwich, un burger ou pire, un kebab.

Comme je le disais, je ne cherche pas à anéantir toutes les bonnes volontés du CE qui essaye visiblement de nous rendre la vie un peu plus facile. Il est vrai que sans cet organe, les associations d’étudiants n’auraient pas de budget, qu’il représente un soutien financier non négligeable pour tout projet étudiant comme la radio UniMix, ou l’ESN de Fribourg qui s’occupe des étudiants Erasmus, et que nous n’aurions pas de quoi acheter nos trois paquets de chips pour les apéros de début de semestre s’il n’existait pas un budget prévu pour les Fachschaften.

Mais je doute toujours sur l’indispensabilité du CE en matière de politique universitaire. Car si le CE permet aux étudiants une certaine autonomie, il n’a visiblement aucun poids sur certaines questions bien plus centrales comme la révision du processus d’évaluation en Faculté des Lettres. Quand nous expliquera-t-on les difficultés que rencontre le CE à faire approuver des projets peut-être plus ambitieux qu’une histoire de micro-ondes ? Que ceux qui tirent les ficelles ne sont pas les étudiants ? Que dans des organes comme les Conseils de Facultés ou le Sénat la voix des étudiants n’a finalement aucun poids, si ce n’est un poids symbolique ?

A mon sens, le vrai problème reste que le CE est bien trop imbriqué dans la machine bureaucratique que représente l’Université (et ce n’est pas la seule). Car s’il permet aux associations d’étudiants de vivre et d’évoluer, il reste totalement inefficace lorsqu’il s’agit de négocier avec les autorités universitaires (et les micro-ondes en sont la preuve). Il garde des compétences internes, mais se retrouve pieds et poings liés lorsque des questions externes font surface. Et se pose l’éternelle question, à laquelle tout étudiant et toute université a été confrontée : quand laissera-t-on parler les étudiants ?