Cette semaine, La Fribune a le plaisir, la chance et surtout l’honneur de te proposer, cher lecteur, chère lectrice, une interview inédite de Jospeh Deiss. Le Président de la Confédération 2004, et plus récemment le 65ème président de l’Assemblée générale des Nations Unies a répondu à des questions personnelles, académiques mais aussi politiques.

 

Joseph Deiss à la tribune de l'ONU

 

Mais qui est-il ? Âgé de 68 ans, Joseph Deiss est né à Fribourg. Il est originaire de Zeihen et de Barberêche. Diplômé en économie à l’Université de Fribourg, où il y fera un doctorat en 1971, il enseignera dès 1970 au Collège Saint-Michel, puis en devient le proviseur en 1980. Il fut aussi successivement chargé de cours, privat-docent et professeur ordinaire en économie politique et politique économique à l’Université.

En ce qui concerne sa carrière politique, au sein du PDC, Joseph Deiss a commencé comme député au Grand Conseil fribourgeois qu’il présidera en 1991. Parallèlement, il fut conseiller communal et syndic de Barberêche. Il a également été Conseiller national et Monsieur Prix avant d’être élu le 11 mars 1999 au Conseil fédéral, en remplacement de Flavio Cotti au DFAE. En 2003, il prend la tête du DFE jusqu’à sa démission en 2006. Il faut encore noter qu’il a présidé la Confédération en 2004.

Depuis 2007, Joseph Deiss enseigne à nouveau à l’Université de Fribourg comme professeur invité et fait également partie du conseil stratégique de l’Université de Beyrouth au Liban. À côté de ça, il est membre de plusieurs conseils d’administration appartenant à des institutions suisses. Finalement, Il sera président de l’Assemblée générale de l’ONU entre 2010 et 2011.

La Fribune revient sur quelques évènements ayant marqué sa vie…

 

Joseph Deiss, vous avez été le 65ème président de l’Assemblée générale des Nations Unies entre septembre 2010 et septembre 2011. En quoi consiste cette fonction ?

Formellement, il s’agit de diriger les débats des réunions plénières des 193 membres d’une session – dans mon cas la 65ème – qui s’étale toujours sur une année entière. Plus pratiquement, le président est appelé à faire avancer les dossiers difficiles, jouer le rôle d’entremetteur entre des positions divergentes, mais aussi de représenter l’Organisation vers l’extérieur.

Dans leur livre « Joseph Deiss et la Suisse », les auteurs Martin Zenhäusern et Beat Kappeler émettent l’hypothèse que vous seriez le dernier ministre de l’Économie de la Suisse. Qu’en pensez-vous ?

En fait, je pourrais revendiquer d’avoir été le premier ministre de l’Économie de la Suisse puisque, depuis 1848, j’ai été le premier économiste professionnel à occuper cette fonction.

Vous avez derrière vous une carrière politique extraordinaire, voire même hors du commun. Comment êtes-vous tombé dans la marmite politique ?

Il est vrai que je n’ai pas beaucoup d’antécédents dans la politique politicienne. En revanche, un économiste s’intéresse par définition aussi à la gestion de la Cité. Par ma formation en économie politique, en politique économique ou en économie internationale, j’ai été préparé de longue date – sans le savoir – aux fonctions que j’aurais la chance de remplir.

Quel est le meilleur souvenir / la plus belle réussite dans votre parcours politique, et pourquoi ?

Votre question trahit une belle identification avec le goût pour les superlatifs de notre époque et de nos médias. Sans doute resteriez-vous un peu sur votre faim, si je vous disais que chacun des moments de mon parcours politique me laisse un souvenir extraordinaire. S’il faut vraiment choisir, j’opterais pour le jour où le pavillon suisse a été hissé devant les bâtiments des Nations Unies, à New York. Contrairement aux dires de mes détracteurs, c’était un gain de souveraineté pour mon pays. Mais c’était aussi une émotion personnelle intense de voir ma patrie accueillie avec enthousiasme par la communauté des nations.

Dans la même idée, quel en a été le moins bon ? Pourquoi ?

Je me souviendrai toujours du cadran solaire qui se trouve sur la façade de la cour intérieure du Collège Saint-Michel, à Fribourg, et de l’adage : « Mach es wie die Sonnenuhr, zähl die heiteren Stunden nur ».

Avant de devenir Conseiller fédéral, vous étiez professeur à l’Université de Fribourg. Vous avez repris ce métier peu après votre démission en 2006. Était-ce planifié ? Quel intérêt y trouvez-vous ?

Toute notre vie durant, nous sommes appelés à apprendre. Notre époque nous en offre la possibilité à chaque instant. De même, durant toute ma vie, j’ai aimé communiquer aux autres, en particulier à mes étudiants, ce que je pensais avoir compris ou vécu. Il était donc normal que l’on me demande de redonner quelques cours de politique économique – en fait un cours « Master » – enrichi par l’expérience pratique, cette fois, de mes fonctions de ministre de l’économie.

Dans quelques mois, le Rectorat de l’Université de Fribourg va changer de tête. Selon vous, quelles qualités doit avoir le Recteur, notamment vis-à-vis des étudiants ?

Il ne m’appartient pas de fixer le cahier des charges du Recteur ou de la Rectrice de l’Université. En revanche, je souhaite que dans son ensemble, notre Université, âgée maintenant de 125 ans, sache se créer une place de leader pour le développement et l’enseignement des savoirs dont nos étudiants ont besoin pour maîtriser les défis du 21ème siècle.

Un auditoire porte votre nom sur le site de Pérolles de l’Université de Fribourg. On imagine que c’est un honneur… Quel est votre sentiment ?

Cela m’a profondément touché, bien sûr, quand mon Université a voulu marquer par ce geste l’arrivée de l’un des siens à la Présidence de la Confédération. C’est un grand honneur et aussi un peu de fierté. Mais soyez-en sûr, je reste les deux pieds sur terre.

Que pensez-vous de la révision de la loi universitaire approuvée par le Grand Conseil fribourgeois, il y a quelques semaines ?

Les hautes écoles sont confrontées à un environnement de plus en plus exigeant. L’Université de Fribourg doit se positionner grâce à son excellence scientifique, mais aussi en tant qu’institution munie d’une gouvernance forte. La révision de la loi lui donne les moyens en clarifiant les compétences décisionnelles.

Quels sont les défis qui se présentent à vous aujourd’hui ? Pensez-vous à prendre votre retraite un jour ?

C’est une chance de pouvoir être encore actif dans les domaines les plus divers et d’être ainsi intégré dans la vie de notre pays et du monde. Lorsqu’on me demande de faire part de mon expérience, je le fais volontiers.

Le 6 mai dernier, la mort du secret bancaire avec l’Union Européenne a été déclarée. Qu’en pensez-vous et quels sont les prochains défis qui attendent la Suisse ?

Le secret bancaire a fait partie durant des décennies de la recette du succès économique helvétique. Certains ont cru devoir l’ériger en mythe, voire voulaient même l’ancrer dans notre Constitution. Un instrument ne doit pas devenir un but et la Suisse a raté d’adapter sa stratégie pendant qu’il était encore temps. Ce fut une piètre démonstration pour notre souveraineté nationale et la démonstration éclatante du risque que court un pays tributaire de ses marchés extérieurs à vouloir s’isoler ou faire cavalier seul. Le principal défi pour notre pays dans les années à venir est donc de pouvoir échapper aux forces qui veulent nous faire retomber dans le protectionnisme au nom d’un patriotisme économique malsain.

Photo : Le Temps

Sources biographiques : DHS, ONU