La gueule de bois. Pour une fois, elle n’est pas le fruit d’un cocktail de trop, mais des récentes scènes de guérilla urbaine dans les rues de la ville lumière, Paris ! Au réveil, on a la tête lourde, on se frotte les yeux, on prend une douche, mais rien n’y fait, le sentiment de dégoût, de nausée, perdure. Nous sommes choqués, en deuil, mais déjà, il faut agir.

Sur les réseaux sociaux, nouveau réceptacle des drames contemporains, des bonnes âmes appellent le monde à la fin de la barbarie et à la paix. On ne peut douter de leurs bonnes intentions mais il faut critiquer leur manque de pragmatisme latent.

La paix ne se décide pas seul. Lorsqu’on nous propose la guerre, on ne peut la refuser d’un revers de main sous le masque d’un pacifisme idéalisé. Oui car comprenons bien, c’est la guerre. Une guerre transformée qui s’éloigne des guerres conventionnelles qu’ont connu les pays occidentaux tout le long du 20e siècle, mais une guerre toutefois.

Comme le disait le sociologue Mathieu Bock-Côté, en juin 2015, dans le journal de Montréal, « devant l’ennemi, on a deux possibilités : soit on se couche, soit on se bat. Soit on s’affaisse, soit on trouve en soi la force de se battre ».

Alors que l’état d’urgence a été promulgué, que le contrôle aux frontières a très vite été rétabli, il faut faire attention à ne pas basculer dans un monde où la sécurité prendrait le pas sur toutes les libertés individuelles, qui sont le socle de nos démocraties respectives.

Il faut se réveiller au monde, et à cette nouvelle réalité qui nous entoure. Nous avons pris comme habitude, presque comme acquis, la paix sociale de nos territoires, inviolés depuis si longtemps qu’ils nous ont semblé inviolables. Le retour de bâton n’en est que plus violent. Si les événements de Charlie Hebdo et de l’Hyper casher avaient très vite mobilisé les foules et entraîné des mesures sécuritaires, force est de constater que tout le monde ou presque, s’était persuadé que cela n’arriverait plus de si tôt. Moins d’un an plus tard, à nouveau dans la capitale, le carnage n’en est que plus sanglant. Il s’agira de ne pas laisser notre insouciance reprendre le dessus. Et surtout, d’engager des stratégies militaires plus audacieuses. Car si le sang coule en France, c’est parce que le cœur bat dans les entrailles du « califat » où résident les pontes du groupe État islamique. L’ennemi est connu et les grandes puissances l’ont parfaitement géolocalisé

De l’audace militaire

De nombreux éléments laissaient présager de tels événements. Des attentats ont été déjoués tout au long de l’année par les services de sécurité intérieure de nombreux pays européens. Il était presque évident, qu’à un moment ou à un autre, un groupe passerait entre les mailles du filet. Le résultat est macabre, les plus gros attentats que la France ait connus. Si les familles et le peuple sont en deuil, le gouvernement et les forces militaires se doivent de réagir vite et avec force, sans toutefois se laisser entraîner dans un esprit de revanche qui pourrait s’avérer contre-productif au possible. Plus qu’une réaction, il faut une stratégie.

Celle-ci implique de se mettre avant tout d’accord sur les raisons de l’échec actuel. Les États européens ont peu à peu réduit l’importance de leurs missions régaliennes. Celles-ci même qui permettent à leurs citoyens de vivre dans un environnement sécurisé, avec un système judiciaire et pénitentiaire efficace, des forces de police et des militaires en nombre suffisant. C’est avant tout d’un point de vue budgétaire que les fautes ont été commises. Depuis plusieurs années en effet, on alloue de moins en moins de fonds à ces besoins essentiels en temps de guerre. Le budget militaire de l’Union européenne représente 1,6% de son PIB, celui de la France, 2,1% et 2,56% pour le Royaume-Uni. En définitive, un État comme la France n’a plus les moyens de vaincre seul une organisation armée comme le groupe État islamique. C’est ce que disait en substance l’écrivain militaire, Michel Goya, dans un papier prophétique d’octobre 2015, qui imaginait une attaque de grande ampleur sur le territoire de l’Hexagone.

La déliquescence de ces outils de puissance posent un véritable problème.  Enfin, certaines prises de position diplomatiques, comme l’alliance incessante avec des pays du Golfe qui alimentent le salafisme, terreau de base des mouvements djihadistes, doivent une fois pour toute, être remises en question.

Il s’agit maintenant de savoir si les dirigeants politiques veulent remporter une guerre qui s’exporte dans le cœur de l’Europe, ou si la limitation des risques reste le mot d’ordre.