Comme je commence à me balader un peu dans les campagnes pour ma recherche, j’ai l’occasion de rencontrer beaucoup d’enfants qui n’ont jamais vu d’Umuzungu (homme blanc). Alors c’est la ruée à chaque fois et les situations sont souvent marrantes…en voici quelques-unes : 

Enfants qui rient (Crédit photo: ib)

Enfants qui rient (Crédit photo: ib)

Givememoney

La plupart du temps, les très jeunes ont une notion de l’anglais qui ne va pas beaucoup plus loin que « molning ! ow are you ? givememoney ! » ce à quoi j’ai pris l’habitude de répondre en tirant la langue et en disant : « hahaha !…(temps de suspense intense)… OYA !! (qui veut dire « non ») ». Il faudra penser à leur apprendre à dire « please » s’ils veulent avoir une chance avec les occidentaux. Mais ce n’est pas une chose facile puisque ce mot n’existe, pour ainsi dire, pas dans le vocabulaire kinyarwanda. C’est d’ailleurs assez frappant de voir comment les personnes travaillant dans le service sont traitées. On ne les siffle pas, non, tout de même. Mais on les hèle d’un sympathique et fraternel « Tsssssssssssssssssssss » qui marche plutôt bien, il faut le dire.

Le monstre blanc

Une autre fois, alors que je descends de la voiture avec le traducteur pour aller sur une exploitation, un groupe d’enfant s’approche. Je dirais une vingtaine. Ils me regardent comme un extraterrestre (un extraafricain en fait) et rigolent, impressionnés ou juste curieux. Comme je suis un peu fatigué et que je n’ai pas envie de les avoir dans les pattes encore une heure je leur tourne le dos, patiente quelques instants, et lorsque je sens qu’ils sont assez proche je me retourne, le regard à la Dracula, et j’hurle « wouahhhhhhhhhhhhh » ! Quel beau moment. Je vous laisse imaginer cinq minutes la scène avant de continuer. J’en ris encore. Il fallait voir leur yeux, je pense sincèrement qu’ils ont cru que j’allais les manger. Comme j’ai vraiment eu le sentiment que certains allaient se mettre à pleurer, je me suis mis à rigoler et ils ont suivi. Mais encore une fois, quel moment ! J’ai ressenti en moi un sentiment étrange mêlé de puissance, d’humour, d’horreur, de surnaturel et… d’immaturité…

Rituel matinal

Sur le chemin du travail, chaque matin, je passe devant les mêmes enfants qui jouent devant leur maison. Depuis bientôt un mois, à chaque fois qu’ils me voient arriver j’entends murmurer « Umuzungu ! Umuzungu ! Umuzungu » suivi d’un silence complice. Lorsque j’arrive à leur hauteur, ils me lancent en cœur « Good Molning ! How are you ? » à quoi je réponds : « Ni meza ! How are you ? » ( ça va bien et vous (à peu de choses près) qui est systématiquement suivi d’un fou rire général. De quoi mettre de bonne humeur pour la journée !

Un cadeau précieux

Alors que j’attendais tranquillement un collègue près de la voiture, un enfant s’approche timidement. Il vient me serrer la main et repart en courant. Je l’interpelle d’un cordiale : « TSSSSSSSSSSSSSSS » et je lui tends ma casquette pour lui offrir (encore un grand merci à mon sponsor : Jura l’original). Je crois que je suis resté 10 minutes le bras tendu. Malgré les explications de ses tantes, mères, grand-mères et sœurs qui arrivaient par wagons, il n’osait plus approcher. Finalement il se décide, prend la casquette, et repart aussitôt. Une des dame qui était par-là lui vole pour rigoler. Il se met à pleurer si fort qu’elle la lui rend sans discuter, encore en s’excusant. Par hasard, la semaine suivante, j’interroge sa mère pour mon travail. Lorsque je le vois arriver, je lui tends la main qu’il check avec fierté. Lorsque je demande où est sa casquette, sa mère me dit qu’elle est précieusement cachée dans sa malle et qu’il la garde jalousement. Ce n’est pas encore demain qu’il ira se pavaner pour faire la publicité du canton du Jura…

Pour terminer cette série, j’aimerais partager une interrogation personnelle. Parfois les gamins m’appellent « akazungu ». Ce qu’on m’a toujours traduit par « Le petit blanc » mais je n’ai pas encore compris si c’était petit en âge ou pas. Si quelqu’un connaît la réponse…

Murabeho ! (Adieu)