Après l’actualité très chargée des dernières semaines et notre numéro « Spécial Proche-Orient » de lundi dernier, retour à une sélection un peu plus classique… Entre série futuriste et réécriture de l’Histoire, tout en passant par une BD culte de notre génération et des nouveautés musicales, voilà de quoi vous occuper pour les jours pluvieux à venir!

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UNE SERIE TV – BLACK MIRROR

Une série de science-fiction où l’accent british se fait satire de la société moderne et des conséquences néfastes de son hyper-technologie. Chaque épisode présente des acteurs différents, un décor particulier, et plus important encore : une réalité alternative. Le lien qui les relie ? A chaque fois, une nouvelle forme de perversion de la technologie moderne. Un ravisseur qui force le premier ministre britannique à copuler publiquement avec une truie, une émission de talent qui pousse à la prosititution, un produit humanoïde qui imite les défunts, une puce qui garde tous les souvenirs à disposition, une société où on préfère filmer un meurtre plutôt que d’intervenir…ce ne sont pas les idées qui manquent ! Charlie Brooker, producteur de la série, affirme qu’il s’agit là de réalités alternatives dans lesquelles on pourrait glisser « dans 10 minutes si on se montre maladroit. » A l’évidence, une série plus qu’actuelle…

[Texte: Kaziwa Raim]

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Black Mirror (2011-en production, 6 épisodes + 1 spécial de 40-60 minutes, Channel 4 [GB])

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UN LIVRE – LE MAÎTRE DU HAUT-CHÂTEAU, de Philip K. Dick

Alors qu’Amazon a dévoilé la semaine passée la suite de son adaptation (sous forme d’une courte série ambitieuse produite par Ridley Scott) après un pilote prometteur déjà révélé en janvier, le roman culte de Philip K. Dick n’a pas pris une ride. Dans Le Maître du Haut Château, il imagine un monde alternatif dans lequel les Etats-Unis sont depuis dix ans sous domination japonaise et allemande suite à la victoire des forces de l’Axe lors de la Seconde guerre mondiale… Au-delà de cette toile de fond des plus osées, l’auteur américain laisse libre court à sa fascination pour les théories des « mondes multiples » et des « mondes possibles », pour nous livrer un roman uchronique que l’on croirait directement débarqué des Etats-Unis sous domination japonaise: une influence omniprésente du Yi-King, le « Livre des mutations » (un des fondements de la pensée chinoise), un style influencé par les haïkus japonais… Mais Philip K. Dick ne s’arrête pas là ! Les personnages de du roman s’échangent sous le manteau un livre censuré racontant une histoire des plus saugrenues : les Alliés auraient gagné la Seconde guerre mondiale…

« Le Maître du Haut Château » (« The Man in The High Castle »), de Philip K. Dick (1962 / trad. française 1970, 352 pages)

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UNE BD – JO, de Derib

La journée du 1er décembre sera, comme chaque année, dédiée à la lutte contre le SIDA. Depuis l’avènement des trithérapies au cours des années nonante, le sinistre pouvoir d’angoisse et d’inquiétude du virus d’immunodéficience humaine (HIV) n’a jamais cessé de s’adoucir… Le pénible quotidien des personnes infectées continue certes de se composer d’anxiété et de fatigue, mais il est sans commune mesure avec la tragique condamnation à une mort très prématurée des jeunes d’une époque révolue.

En 1991, le dessinateur suisse Derib sortait « Jo », une bande dessinée de sensibilisation et de prévention qui avait été diffusée dans de nombreux pays. À travers la maladie d’une jeune fille infectée lors d’un rapport sexuel malheureux, cette BD nous replonge dans le climat d’angoisse qui régnait à l’époque. Mais ce qui saute aux yeux, ce sont aussi les innombrables clichés concernant la famille, l’homosexualité ou la toxicomanie qui ne choquaient personne à une époque pourtant pas si lointaine… Une oeuvre presque obsolète qu’il faut relire pour se rappeler de la chance qu’on a, mais aussi qu’il faut encore et toujours se protéger, car le VIH reste une maladie terrible dont on ne soigne pas.

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« Jo », de Derib (1991, Editions Le Lombard)

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UN ALBUM – « LA VOIX LACTÉE », de Oxmo Puccino

De retour un an après l’ovni « Au Pays d’Alice »,  un album des plus originaux signé en collaboration avec Ibrahim Maalouf, Oxmo Puccino revient avec « La Voix Lactée ». La poésie des textes du rappeur s’exprime doucement avec la certitude d’un artiste qui n’a plus à faire ses preuves. Sa plume à la fois légère et mordante faite de fausses rimes pourtant si riches et son imparfaite diction élastique font des merveilles sur ses beats toujours aussi agréables.

D’une éloge de la vie « à la cool », avec Slow Life, à une autopsie du star system avec Star & Célébrités, en passant par l’éducation et le temps qui passe… entre critique acerbe et optimisme sans limite, tout y passe! En revenant à ses thèmes fondateurs, le « Black Jacques Brel » vient nous faire la démonstration tonitruante que le rap français ne se contente pas des tartines d’insultes vociférées sur des rythmes agressifs que l’on nous ressert sans cesse sur les chaînes musicales en vogue… À déguster avec délectation, tel un amuse-bouche auquel on a que rarement droit. Bref, avec Oxmo, c’est Noël avant l’heure!

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« La Voix Lactée », de Oxmo Puccino (Wagram, Sortie: novembre 2015)