Depuis quelques jours, nos médias n’ont d’yeux que pour la COP21… L’écologie occupe enfin le devant de la scène internationale, nous permettant de découvrir les résultats désastreux de l’activité humaine depuis la Révolution industrielle tout comme les projets les plus fous visant à limiter la casse ou à vivre avec les conséquences déjà irréversibles du changement climatique… 
Les tentacules de la problématique climatique sont innombrables. En touchant à notre alimentation, notre agriculture, notre mobilité, aux risques du nucléaire, à la montée des eaux, aux espèces menacées, aux énergies renouvelables, aux enjeux géopolitiques, et même à notre système économique basé sur la croissance, l’écologie semble être la plaque tournante autour de laquelle toute réflexion concernant le futur de notre planète et de nos sociétés doit (enfin) s’articuler. Les problèmes ne datent pas d’hier, et on est loin d’être sorti de l’auberge… La Fribune vous propose donc cette semaine quelques pistes pour vous plonger dans les aspects les plus divers de la « culture écologiste »: des vieux récits d’anticipation aux solutions locales qui existent en passant par d’autres oeuvres touchant de près ou de loin aux discussions se déroulant en ce moment à Paris, voici notre sélection spéciale COP21!

 


 

UN FILM – SOLEIL VERT

La problématique écologique ne date pas d’hier… Déjà dans les années 70, la question de l’épuisement des ressources naturelles et de la surpopulation inquiétait la société américaine. Un an à peine avant le premier choc pétrolier de 1973, Richard Fleischer imaginait dans son célèbre film d’anticipation « Soleil vert » les conséquences de la surconsommation humaine pour l’écosystème et la société. En 2022, quarante millions de new-yorkais font la queue quotidiennement sous un soleil étouffant pour obtenir un peu de « Soylent Green », aliment miracle permettant à la population de survivre dans un monde où les ressources naturelles, énergétiques et alimentaires, sont épuisées. Le tableau apocalyptique dressé par ce polar écologiste est extrêmement sombre, et pourtant rappelle bien des aspects de notre société… Les prémisses de l’écologie en tant qu’idéologie filtre de toute part, permettant de nous rappeler que celle-ci s’inscrit dans une problématique globale aux tragiques conséquences économiques, sociales et biologiques, bien loin de se résumer à une simple question éthique autour de la préservation de l’écosystème terrestre… En bref, une sacrée claque de la part des premiers écologistes, débarquant tout droit des années 70 !

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« Soleil Vert » (VO : « Soylent Green »), de Richard Fleischer (1973, 93 minutes, USA)

[Texte: Alexandre Dupraz]

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UN LIVRE – SAPIENS: A BRIEF HISTORY OF MANKING, de Yuval Noah Hariru 

Pour mieux comprendre la problématique écologique, la relation fondamentale entre l’être humain et son environnement naturel mérite d’être explorée. Si le livre de Yuval Noah Harari n’y est pas entièrement consacré, il permet d’en avoir un aperçu stimulant : depuis l’avènement de la révolution cognitive il y a quelques 50’000 ans, Homo Sapiens s’applique à dépasser les limites de sa programmation génétique. Il sait coordonner les actions de milliers d’inconnus. Fabriquer des objets de plus en plus performants. Soumettre systématiquement les espèces qui lui sont utiles, éliminer les autres. Sa puissance ne se résume ni à ses muscles ni à ses dents : c’est une force nouvelle, celle de son cerveau. Une force qui ne laisse pas à l’environnement le temps de s’adapter. D’autant plus que le nouvel agitateur, toujours préoccupé de garder sa place nouvellement gagnée, se fait particulièrement violent. Le problème écologique ne date, vraiment, pas d’hier.

« Sapiens : A brief history of Manking », de Yuval Noah Hariru (Vintage Books)

[Texte: Auréliane Froehlich]

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UN DOCUMENTAIRE – PLASTIC PLANET

Ce documentaire allemano-autrichien retrace l’histoire du plastique intimement lié à celle de l’humanité. Matière relativement récente, le plastique s’est imposé partout comme étant bon marché, pratique et modelable. À travers différents pays, le documentaire suit cette matière « magique », des grandes entreprises internationales aux plages « paradisiaques » en passant par les foyers. On le retrouve partout, tout le temps ; emballage, matériau de construction, objets du quotidien, vêtements… il ne manquerait plus qu’on l’ingère ! À y voir de plus près, on n’en est pas très loin. Certains de ces composants comme le bisphénol A, tant décrié de nos jours, passent dans l’organisme facilement. Symbole de la consommation de masse, le plastique étouffe notre planète et s’insémine dans nos corps. Une prise de conscience mondiale de la part des producteurs de plastique, des grandes multinationales ainsi que des consommateurs permettrait de freiner la plastification de la Terre, l’un des gros enjeux de ce XXIème siècle.

 

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« Plastic Planet », de Werner Boote (2009, Allemagne/Autriche, 99 minutes)

[Texte: Mona Heiniger]

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UNE BD – KANOPÉ, de Louise Joor

Voilà, l’année arrive tout doucement à sa fin. La date fatidique du 21 octobre 2015 est bel et bien dépassée. Le second opus de Retour vers le Futur n’en ayant pas fini de nous faire rire avec ses fantasmes d’avenir périmée, place à une nouvelle échéance : 2137. Avec « Kanopé », récit d’anticipation, une vision du futur nous est proposée où la surpopulation humaine serait la cause de la quasi-disparition de toutes espèces végétales et animales. Rien de bien surprenant, me direz-vous, si le dernier havre de nature préservée n’était une Amazonie mise sous quarantaine des suites d’une catastrophe nucléaire.

Louise Joor nous propose, sous couvert d’une romance aux fragrances légèrement tarzanesques, un renversement de la thématique du nucléaire, où ce dernier ne devient plus synonyme de l’éradication de la vie sur terre, mais au contraire l’ultime rempart protégeant encore la nature de la folie humaine. Espérons que d’ici là, nous sourirons de la vision de l’avenir de Kanopé, comme nous rions aujourd’hui de celle proposée, alors, par Retour Vers le Futur

KANOPÉ

« Kanopé », de Louise Joor (2014, Delcourt/Mirages)

[Texte: Bérénice Balmat]

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UNE ASSOCIATION – NOTRE PANIER BIO

L’agriculture est l’une des grandes absentes des négociations de la COP21. Elle est pourtant à la fois actrice, car productrice de gaz à effet de serre, et victime des changements climatiques dont la production dépend. Alors que fait-elle, en marge des bavardages des « grands de ce monde », pour contribuer à ce développement que l’on veut toujours plus durable ?

L’association « Notre Panier Bio », elle, croit en une agriculture biologique de proximité qui rapproche les producteurs de la région et quelques 500 ménages fribourgeois d’ordinaire séparés par un nombre grandissant d’intermédiaires. En partenariat avec 20 agriculteurs, l’association prépare et expédie chaque mois des paniers composés de légumes et fruits de saison, parfois de viande vers différents lieux de distribution (afin d’éviter des livraisons polluantes) partout dans le Canton de Fribourg. Au final, tout le monde s’y retrouve. Le producteur car il est rémunéré équitablement et le consommateur car, même s’il doit tirer un trait sur la tomate en plein mois de janvier, redécouvrira le goût des légumes, parfois absent des étals de la grande distribution.

Association « Notre Panier Bio »  – www.notrepanierbio.ch – En savoir plus: 026 658 17 31

[Texte: Vladimir Farine]

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UN CD – EMERGENCY ON PLANET EARTH, de Jamiroquai

« There’s no fish left in the sea / Greedy men been killing all the life there ever was / And you better play it nature’s way, or she will take it all away
[…] Oh, you’ve upset the balance man, done the only thing you can / Now my life is in your hands. » 

Ces sages paroles semblent avoir été écrites juste hier, mais le groupe Jamiroquai les chantait à tue-tête il y a plus de vingt ans déjà! En 1993, leur premier album « Emergency On Planet Earth » faisait un carton avec son discours engagé pour l’environnement, la biodiversité et le respect des peuples autochtones… Le cocktail original de synthés modernes et de didgeridoo mêlé aux textes dénonciateurs du chanteur Jay Kay ne souffre pas du poids des années, et est même plus que jamais d’actualité. Alors, bien que le groupe et son militantisme se soient entre-temps tristement perdus sous des montagnes de billets (verts), les premiers albums de Jamiroquai sont, le temps de la COP21 au moins, à glisser dans votre liste de lecture !

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 « Emergency On Planet Earth », de Jamiroquai (1993, UK/USA, Columbia Music)

[Texte: Alexandre Dupraz]

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UNE CHAÎNE YOUTUBE – PRIMITIVE TECHNOLOGY

Avec plus de 500’000 abonnés, la chaîne YouTube “Primitive Technology” s’est fait une place sur un terrain qui lui semblait loin d’être acquis. Son créneau est en effet quelque peu anachronique : « Making primitive huts and tools from scratch using only natural materials in the wild ». Sorte de havre de paix, de temple perdu au milieu d’une arène virtuelle d’une banalité parfois assourdissante (dont le chat constitue souvent l’icône), « Primitive Technology » a réussi à séduire les internautes. Ses deux vidéos les plus populaires « Building a primitive wattle and daub hut from scratch » et « Building a tiled roof hut » comptabilisent plus de 10’000’000 de vues. Bien que les plans soient fixes et la narration inexistante, les vidéos n’en demeurent pas moins captivantes. Seuls persistent les gestes méthodiques et hypnotiques du jeune homme, perdu au fin fond du bush australien. Dans un monde globalisé et multi-connecté où tout va très (trop) vite, ces vidéos résonnent comme de véritables odes à la simplicité et à la patience. Des vertus essentielles à un monde – celui qui vit en marge de la COP21 – que l’on voudrait plus durable et équitable.

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[Texte: Vladimir Farine]

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