La fin du monde est amorcée : verrouillez vos portes, préparez les conserves et enfermez-vous dans votre cave, car l’humanité a été vaincue. Par Google. Au jeu de Go. On dirait le début d’une mauvaise blague, n’est-ce pas ?

Force est de constater que pourtant, l’aventure médiatique du jeu de Go de la semaine passée est la preuve de notre attrait pour cette chose étrange que l’on appelle l’Intelligence Artificielle (IA). Nombreux sont ceux qui ignoraient et ignorent toujours les règles du Go (Votre serviteur la première). Mais peu importe, car le jeu de Go incarnait un système aux possibilités complexes, sur lequel jusqu’alors la machine aurait dû se casser les rouages contre les joueurs de chair et d’os. En battant le champion Lee Sedol, l’IA AlphaGo éveille en nous moult réflexions sur les limites de l’homme et de la machine.

L’Intelligence Artificielle, c’est un peu la suite de la quête des  « petits hommes verts » : nous cherchons une intelligence (magnifique mot dans lequel on englobe tout et n’importe quoi) équivalente ou supérieure à la nôtre. Mais à défaut de la trouver ailleurs, nous jouons à Prométhée et cherchons à la créer. Dès lors impossible de ne pas nous poser une myriade de questions autour de cette thématique : rapport entre homme et IA, différences, limite de l’humain, de la machine, course au perfectionnement, etc… Que deviendra-t-elle cette intelligence artificielle ? Perfection en devenir qui punira l’Homme, destiné à croupir dans son imperfection ? Reflet de l’humanité qui cherchera à se mêler à elle ? Ou simple outil visant un perfectionnement humain ? Voici quelques pistes pour aborder les œuvres que Lundispensable vous propose pour cette semaine spéciale intelligence artificielle !

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UN LIVRE: Les Robots, de Isaac Asimov

Maître parmi les maîtres de la science-fiction, Isaac Asimov a consacré une partie majeure de son œuvre aux androïdes, à leur intelligence propre et au danger qu’ils représentent (ou non). Tout au long de sa vie, l’auteur américain a dédié nouvelles et romans à ces êtres de métal. Alors que depuis « Frankenstein » en 1818 et l’apparition des robots un siècle plus tard dans l’œuvre de Robert Kapek (robot signifie « travailleur » en tchèque) la trame terrifiante de la destruction du créateur humain par ses propres « machines » était dominante, la vision d’Asimov se veut résolument plus optimiste. « On munit le couteau d’un manche pour pouvoir le manipuler sans crainte, on adjoint une rambarde à l’escalier, on isole le fil électrique […], – dans tout ce qu’il crée, l’homme cherche à réduire le danger. » En développant les célèbres « Trois Lois de la robotique » qu’il « testera » au fil de ses nombreux romans, Asimov nous fait ouvrir les yeux sur le potentiel extraordinaire qui se cache dans la création d’une intelligence artificielle. Et même si ces « Lois » semblent caduques à l’ère des robots-tueurs et des drones, Asimov a permis de quitter, il y a plus d’un demi-siècle déjà, l’âge de la peur pour entrer dans celui de la réflexion et de l’innovation.

[Alexandre Dupraz]

« La différence entre l'être humain et le robot n'est peut-être pas aussi significative que celle qui oppose l'intelligence et la bêtise »
dans « les Cavernes d’Acier » (1954)

Les Robots, Isaac Asimov (1950), ainsi que de nombreux autres recueils de nouvelles et de romans

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UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLEMarI/0, par Sethbling

L’humain a été détrôné. Une intelligence artificielle vient de battre le numéro 1 mondial de jeu de Go. Si le jeu est subtil, sa mécanique physique est pourtant simple : poser des pions sur un plateau. Mais, pour une IA, qu’en serait-il d’un jeu qui requiert beaucoup plus de contrôles et de réponses, par exemple un jeu vidéo comme Super Mario World ?

Eh bien, c’est aussi possible de concurrencer l’être humain. MarI/0 est une intelligence artificielle qui a réussi à apprendre à jouer à Super Mario World. Elle a terminé les premiers niveaux, et avec assez de temps à disposition, pourrait certainement finir le jeu. Sethbling, son créateur, lui a donné des règles de base et des outils (comme les boutons disponibles et un moyen de visualiser le niveau). Puis il a simplement laissé l’IA jouer pendant plusieurs heures.

Cette intelligence est dite évolutive, elle est basée sur les principes simples qui gouvernent la biologie. Le programme génère un « individu » qui va tenter d’avancer dans le niveau. Cet individu va obtenir un certains score. Avant de mourir. Puis un nouvel individu est généré, avec une modification aléatoire. Après un certain temps, le programme va combiner les meilleurs individus pour créer des descendants. Répétant ce processus, encore et encore, jusqu’à passer le niveau.

[Lionel Ieri]

Et le résultat après une trentaine de génération est au début de cette vidéo (en anglais):

MarI/0, par Sethbling

Super Mario World, Super Nintendo Entertainment System, Nintendo, 1990.

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UN FILMHer, par Spike Jonze

Her. Elle, l’intelligence artificielle avec une voix humaine. Film de Spike Jonze qui a reçu de nombreux prix et on comprend bien pourquoi. La relation de l’homme à la technologie est complexe et multiple : on l’utilise généralement dans le domaine du travail, mais celle-ci fait de plus en plus interface entre les relations humaines. Elle peut entre autres relier des amoureux éloignés, entremettre des célibataires langoureux, marchander des relations sexuelles ou amener à une relation amoureuse avec la simulation elle-même, ce dont il est question dans ce chef d’oeuvre. Est-ce que l’intelligence factice peut remplacer un réel contact humain ? Bonne question ! Avec l’évolution scientifique, la notion d’amour évolue elle aussi et si l’humain ne définit pas ses besoins individuels ou son rapport à la technologie, tout un chacun peut potentiellement « tomber amoureux d’une machine ». Solitude ? Facilité ? Accessibilité ? Et si « elle » effaçait toutes les frontières entre nous pour préserver et renforcer nos sentiments, relations et contacts de la vraie vie ? Elle nous le dira peut-être.

[Serena Malagnino]

Her, par Spike Jonze, 2013.

Bonus:

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UN LOGICIEL : PAINTING FOOL

L’ordinateur peut-il surpasser l’humain ? Dès qu’on aborde le sujet de l’intelligence artificielle cette question écrase souvent toute autre forme d’interrogation. C’est la performance qui prime. Simon Colton, à contre-courant, a développé un logiciel « émotionnellement conscient » : The Painting Fool. Un peintre binaire qui scanne l’actualité du site The Guardian pour en tirer une émotion qui influencera l’ambiance de sa toile. « I’m The Painting Fool: a computer program, and an aspiring painter » peut-on lire sur le site web. En plus de peindre le logiciel parle pour lui-même ! Au contraire de ce que son créateur laisse entendre toutefois, ce Painting Fool n’a aucun sentiment. Il a été programmé pour interpréter tel mot comme porteur d’une émotion positive, négative ou neutre. N’oublions pas qu’un logiciel est une suite de 0 et de 1, mais ne renions pas l’aspect ludique du projet !

Quant à dire s’il est un bon ou un mauvais peintre, à vous de juger :

[Vladimir Farine]

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Un MANGA – Ghost in The Shell, par Masamune Shirow

Un excellent exemple d’œuvre développant une réflexion autour des intelligences artificielles, de la cybernétisation, et des phénomènes sur internet est le manga Ghost in the Shell, de Masamune Shirow. Malgré leur publication assez ancienne (1989), les épisodes continuent de soulever l’opinion dans leurs thèmes d’IA, de cybernétisation et du Deus Ex Machina. Pas trop extravagants dans leur anticipation d’une ville futuriste, ils restent d’actualité.

Le Major, une femme dirigeant l’équipe d’un bureau de protection publique, mène l’enquête pour empêcher des complots d’états. Directement touchée puisqu’elle est une cyborg, le protagoniste principal et le lecteur sont alors invités au questionnement, confrontés aux « fantômes dans la machine ». Qu’est-ce qui différencie l’humain de la machine ? Quelle est la frontière entre corps et esprit ?

Ce manga a connu un tel succès qu’il a été repris un très grand nombre de fois en à peine l’espace d’une vingtaine d’années. La première adaptation, de Mamoru Oshii, consiste en deux films d’animation sortis en 1995 et 2004, enrichis d’une bande-son magnifique de Kenji Kawai. Finalement, la prochaine reprise de Ghost in the Shell est prévue pour 2017 : un film avec Scarlett Johansson dans le rôle du Major.

En plus d’occuper un esprit curieux pendant un bon moment, ces nombreuses reprises attestent qu’une telle saga mérite un coup d’œil.

[Alizée Lombard]

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UN VULGARISATEUR: Science étonnante, par David Louapre

Vous vous êtes sûrement déjà demandés ce qu’était une recherche en arbre Monte Carlo, et justement… Comment ? Bon, d’accord, vous n’en avez peut-être bien jamais entendu parlé, mais reconnaissez que dans le cas contraire, vous pourriez vous servir avantageusement de ce savoir pour nourrir vos conversations érudites lors d’apéritifs dînatoires au stamm de votre Fachschaft.

Et justement, la chaîne et le blog Science étonnante, propose une très bonne introduction à ce sujet, pointu, qui sous-tend la victoire de la machine AlphaGo sur l’humain Lee Sedol, dans sa vidéo traitant de cette défaite de notre camp, celui des humains (si vous êtes une intelligence artificielle et que vous lisez ça, bravo à vous et bonne chance dans votre conquête du monde). Une des particularités de Science étonnante c’est de vulgariser certains sujets extrêmement pointus comme les ondes gravitationnelles, la mécaniques quantique ou encore, comme on le disait, la recherche en arbre Monte Carlo. Cela va même plus loin, puisque le concept lie à la fois des vidéos et des articles de blog qui soit approfondissent le sujet, soit sont indépendants.

Science étonnante est donc une agréable via ferrata dans l’escalade difficile de la montagne de nos ignorances.

[Benoît Richard]

Lien vers son site: https://sciencetonnante.wordpress.com

Lien vers sa chaîne youtube: https://www.youtube.com/user/ScienceEtonnante

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