En matière de grands moments très banals, la dernière semaine d’un semestre universitaire occupe une place prépondérante. Il y aurait sans doute un milliard de choses à dire – et surtout à écrire – , une rétrospective du semestre à fournir, et plein d’autres choses merveilleuses qui riment en -ir. Mais ce serait faire fi du flegme estudiantin tout particulier à de telles périodes de l’année. Respectons la sacro-sainte nonchalance de ces étudiants, trop occupés à ployer sous le poids des examens et des festivals à venir pour se réjouir de ces derniers jours: programmation tout aussi classique que l’est cette semaine, Lundispensable vous propose aujourd’hui romans, bande dessinée et série d’animation, pour profiter malgré tout de cette dernière ligne droite.

Bonne lecture!

UN ROMANOona & Salinger, de Frédéric Beigbeder

L’ouverture en avril à Corsier-sur-Vevey du musée « Chaplin’s World », dédié à l’œuvre et à la vie de Charlie Chaplin, n’est pas passée inaperçue. Et si tout le monde connaît la fantastique icône du cinéma qu’il fut, peu savent qu’il a vécu la fin de sa vie sur les bords du Léman avec sa quatrième et dernière épouse Oona O’Neill, de 36 ans sa cadette.

Avant leur rencontre à Hollywood, la fille du dramaturge Eugene O’Neill avait déjà connu une histoire d’amour, courte et tragique. Et ce premier crush n’était autre que J.D. Salinger, futur auteur du célébrissime roman « L’Attrape-Cœurs »

Le roman « Oona & Salinger » de Frédéric Beigbeder revient sur cette relation intense, interrompue par l’impitoyable marche de l’Histoire : lorsque le jeune Salinger monte sur un navire en 1944 pour débarquer sur les plages de Normandie, la jeune starlette s’envole pour Hollywood où elle aura un coup de foudre pour un certain Charlie Chaplin… De son style inimitable, Beigbeder mêle ses anecdotes personnelles aux lettres et rencontres imaginaires entre un futur auteur culte et la fille du plus grand dramaturge américain. Les personnages secondaires, eux, ne sont autres que Truman Capote, Charlie Chaplin et Ernest Hemingway… Ce petit roman au charme particulier, qui se termine d’ailleurs dans les bars de Verbier et à Corsier-sur-Vevey, est, lui aussi, une pièce essentielle du monde de Chaplin !

[Alexandre Dupraz]

Oona & Salinger, de Frédéric Beigbeder, Grasset, 2014, 336 pages.

„Il arrive un moment, dans certains pays, à certaines époques, où les hommes semblent attendre un événement important et tragique qui permettrait de résoudre tous les problèmes. Ces périodes sont généralement nommées : avant-guerre. Elles sont assez mal choisies pour tomber amoureux.“

*****

UNE BANDE DESSINÉELe cœur de l’ombre, par Marco d’Amico, Laura Iorio et Roberto Ricci

Si vous faites encore partie de ces générations d’enfants que l’on terrorisait à coup de Croquemitaine, d’Homme en noir, et autre sorcière, venez prendre votre revanche sur la vie en lisant Le cœur de l’ombre. Venez suivre les aventures de Luc, enfant maladivement trouillard, sillonnant le monde dans son pyjama Totoro. L’objectif d’un tel voyage ? Comprendre comment Luc est parvenu, par une belle nuit de peur bleue, à rentrer en contact avec l’incarnation de la peur infantile italienne, l’Uomo Nero.

Petit bijou graphique, cette bande dessinée est un carnaval de figures colorées et/ou macabres. Petit bestiaire des croquemitaines à travers le monde, l’on est plongé à chaque page dans un splendide univers, que la composition de l’image et le style de coloration (le pastel) transforment en délices pour les yeux à chaque page tournée. De quoi lui pardonner son scénario qui souffre parfois d’un peu trop d’infantilisation. Après tout, il ne s’agit que de la quête d’un enfant de 10 ans à travers ses craintes, pas de « De l’art de disserter sur le concept de phobies à travers le monde et les âges, en 27 volumes, préface de Lacan ».

[Bérénice Balmat]

Marco d’Amico, Laura Iorio et Roberto Ricci, Le cœur de l’ombre, Dargaud « Benelux », 2016.

coeurdelombre03

*****

UNE SÉRIE ANIMÉE Ajin, par Polygon Pictures

Renversé par un camion, Nagai Kei découvre qu’il est un Ajin, un être surnaturel et immortel. L’histoire débute donc sur une course poursuite, une chasse menée par les humains considérant les Ajins comme des monstres ou comme des spécimens de laboratoire précieux et rarissimes. Ce personnage principal, fascinant car égoïste et à peine humain en ce qui concerne les sentiments, cherche son propre bonheur, un coin tranquille abrité de l’ouragan ravageant la société. Mais pourchassé sans fin, il sera confronté à d’autres monstres, et devra faire des choix. Faut-il laisser la société marginaliser et persécuter une minorité sans voix et tendre l’autre joue, ou se révolter dans une lutte acharnée, au risque de creuser le fossé qui sépare les Ajins du reste de l’humanité ?

Tirée en 2016 du manga du même titre, cette adaptation joue sur la peur des différences, une sorte de xénophobie entrainant la violence et le chaos. Même si la technique d’animation inhabituelle pourrait rebuter au premier abord, elle est très soignée, et l’histoire nous plonge dans une intrigue fascinante, offrant des personnages ambigus, mi-sympathiques, mi-effrayants ou même totalement antipathiques. Enfin, si vous cherchez quelque chose de différent par rapport aux shonens habituels et leur morale simple, ce manga est fait pour vous.

[Alizée Lombard]

Ajin, par Polygon Pictures, 13 épisodes de 24 minutes, disponible sur Netflix, 2016.

pF6quq3sPoaOOjM3uqSsKIxdaQ2

*****

UN ROMAN – Alexis Zorba, de Nikos Kazantzakis

Alexis Zorba, le grand classique de Nikos Kazantzakis, dont la première publication fête cette année ses 70 ans, raconte l’histoire d’un jeune intellectuel se rendant en Crête. Décidant de mettre de côté pour une temps ses livres. En chemin, il rencontre fortuitement un vieil homme, Alexis Zorba, particulièrement énigmatique et pris par une frénésie vitale, constamment émerveillé de toute chose. Si la vision du monde présentée par ce personnage peut au premier abord sembler relativement niaise, voire inopportune, la profondeur de la réflexion et l’expression de liberté constante au fil des pages saura conquérir une grande majorité des lecteurs. Et quand bien même le livre semblerait s’adresser majoritairement à des littéraires, chacun pourra y trouver son compte ! Si l’adaptation au cinéma avec Zorba le grec de Michael Cacoyannis reste particulièrement excellente, rien ne remplace la lecture du roman qui semble être une bouffée d’air frais, méditerranéen, dans cette littérature des années 40, marquée par la guerre et un pessimisme général. Accessible à tous, le livre comme le film sont également une excellente méthode d’apprentissage pour le sirtaki…

[Aminoël Meylan]

Livre: Alexis Zorba, de Nikos Kazantzakis, Pocket, 2002 (1946).

Film: Zorba le grec, de Michael Cacoyannis, 20th Century Fox, 142 min., 1964.

*****

N’HÉSITEZ PAS À NOUS ENVOYER VOS IDÉES ET VOS TEXTES POUR LES SEMAINES À VENIR!