Lundispensable #24

Un tas de marrons, des litres de thé à la cannelle et de chocolat chaud, des nuits toujours plus longues où chacun, enveloppé dans une grosse couverture, médite sur le temps passé et futur, un roman reposant négligemment entre les mains. Ah, quelle est romantique et mélancolique, l’image que l’on nous vend de l’automne… Mais l’automne, c’est avant tout la rentrée, le retour aux rudes réalités véritables, le poids des livres et des responsabilités sur nos épaules – et la scoliose qui va avec ! Bien entendu, Lundispensable fait figure de rebelle et se doit de vous proposer de quoi rester dans votre couverture et faire perdurer cette chimère automnale – il en va de notre honneur ! Ainsi, pour cette rentrée retardataire, nous vous proposons une bande dessinée, une série, un roman et un jeu vidéo, à découvrir camisolé dans les rêveries automnales !

Bonne rentrée à tous et bonne lecture !

UNE BANDE DESSINÉEPistouvi, par Bertrand Gatignol & Merwan

Deux possibilités sont envisageables quant à cette rentrée universitaire (à retardement) : reprendre les Lundispensable en vous proposant une œuvre tendancieuse, dénonciatrice, provocatrice, polémique à la rigueur ! … Ou vous présenter Pistouvi.

Aux antipodes de cette première idée, cette bande dessinée incarne une œuvre délicate de poésie, emprunte de mélancolie, à l’image de la grisaille que l’automne nous apporte. Si le gris se retrouve dans le dessin de Bertrand Gatignol, c’est par ses noirs bouchés et ses blancs éclatants que son dessin caractéristique se marque sur notre rétine. Ainsi défile sous nos yeux un monde mignon, avec la douceur naïve de l’enfance… mais aussi son étrangeté, ses non-dits et surtout la crainte d’une transformation qui trône au-dessus du crâne de nos protagonistes en une inquiétante épée de Damoclès. Peur du passage à l’âge adulte pour Pistouvi le renard et Jeanne la petite fille ? Sens métaphorique plus évident qui aurait échappé à votre serviteur ? Une chose est sûre : Pistouvi est un bijou graphique et de poésie, que l’on se doit de lire un jour, que ce soit pour lui donner un sens ou juste se laisser transporter !

[Bérénice Balmat]

tumblr_m0ly6rsz2y1qaj6pjo1_500

Pistouvi, par Bertrand Gatignol & Merwan, Dargaud, 2011.

*****

UNE SÉRIEPeaky Blinders, par Steven Knight

Les cours recommencent et les jours raccourcissent, quel meilleur moment pour commencer à procrastiner ! Pour bien réussir cet exercice, la BBC nous offre 3 saisons d’une des meilleures séries de gangster de ces dernières années.

L’intrigue nous entraîne au cœur de la Grande Bretagne d’entre-deux guerres et son paysage sombre de l’ère industrielle. Le pays est aux prises avec les guerres de gangs, l’émergence des mouvements communistes et les percées des indépendantistes irlandais.

Dans ce contexte tourmenté, le spectateur se plonge dans l’histoire des Peaky Blinders, une famille de gangster de Birmingham des années 20 dirigée par Thomas Shelby, ancien combattant rongé par le souvenir de la guerre des tranchées. Ce dernier tente d’étendre ses petits trafics familiaux vers des affaires plus lucratives mais également plus dangereuses. Mené par ce leader charismatique et fin stratège, le clan des Shelby fait régner sa loi sur la ville au gré des alliances, des trahisons et des règlements de compte sanglants.

Cette série à la classe toute british nous offre un scénario intelligent, rythmé par une bande son rock et sublimé par un fin sens de l’esthétisme. Sortez le plaid pour vos soirées d’automne et laissez-vous entraîner dans les ruelles malfamées du royaume des Peaky Blinders.

[Lucie Lovis]

Peaky Blinders, par Steven Knight, BBC, 3 saisons de 18 épisodes de 52 min., en cours.

*****

UN LIVREFéerie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez

« Encore un récit fantastique ! Ah, non, j’en ai marre, c’est toujours pareil », t’écriras-tu peut-être, cher lecteur. Mais que dirais-tu d’une histoire se passant dans une sorte d’énorme dépotoir, mêlant le vocabulaire de la technologie retro avec celui des chevaliers ? Débutant comme un thriller, notre aventure carnavalesque se développera à travers la perception de plusieurs personnages, allant des enfants jusqu’aux monstres, qui sont parfois plus humains que les hommes.

Édité par Nestiveqnen en 2004, ce petit bijou exhale les influences majeures de l’auteur : Rabelais et Céline, le jour et la nuit. Ainsi, l’univers chevaleresque, pittoresque et à hurler de rire se confond avec une technologie nouvelle et effrayante, que l’on ne comprend pas mais que l’on utilise malgré tout.

Passé et modernité sont donc confrontés dans une quête explosive jusqu’au bout de la nuit – d’ailleurs, notons le titre se référant au roman Féerie pour une autre fois de Céline. Le monde qui nous est dépeint, noir et pourtant hilarant, nous pousse à nous interroger sur le message que nous fait passer son auteur et qui transparait derrière un récit d’aventures s’enfonçant dans les ténèbres.

[Alizée Lombard]

feerie_pour_les_tenebres

Féérie pour les ténèbres, de Jérôme Noirez, Nestiveqnen, 2004.

*****

UN JEU VIDÉO – Nuclear Throne, par Vlambeers

Lorsque les Lundispendable parlent de jeux vidéo, ils sont toujours remarquables par l’intelligence dont font preuve leurs créateurs autant que pour celle dont doivent faire preuve leurs joueurs. Ça ne pouvait pas durer éternellement. Preuve en est, ce lundi on parle d’un jeu pour lequel il n’est pas vraiment nécessaire d’être intelligent : Nuclear Throne.

Dans un contexte post-apocalyptique, c’est l’histoire d’une bande de mutants dont les membres veulent atteindre le Trône Nucléaire. Pour y arriver, ils ont des flingues. Voilà.

Pour le reste, c’est un jeu de tir à la troisième personne, en vue isométrique, nerveux et sans pitié. Si une réflexion poussée n’est pas de mise (sauf peut-être si vous réfléchissez très, très vite), une forte concentration est nécessaire, de même qu’une habileté rudement acquise lors de précédents échecs et qu’une certaine dose d’obstination… pour peu que l’on veuille découvrir l’intégralité du contenu prévu par les développeurs. (Au fait ! ce sont des Hollandais.)

[Benoît Richard]

Nuclear Throne, par Vlambeers, sur Windows, Mac, Linux PlayStation 4, PlayStation Vita et Xbox One, 2015.