L’omniprésence du hasard est au rang de ces justifications que l’on peut, sauf exceptions rares, appliquer à toutes situations, des plus nobles aux plus basses, des plus évidentes aux plus inespérées. Ainsi, quand l’on marche dans la rue, et qu’une pigeonnesque déjection tombe à un demi-mètre de notre aimable tête, sans doute est-ce le hasard que l’on peut remercier. Mais de même, quand l’on s’appelle Tsutomu Yamaguchi, et que l’on survit consécutivement aux bombardements de Hiroshima et Nagasaki, sans doute est-ce plus d’un hasard que l’on peut remercier. Et finalement, quand Lundispensable s’en va vous proposer The Lady, Ma Vie de Courgette et un double avis concernant Juste la Fin du Monde, c’est encore une fois le hasard qu’il faut remercier (et certainement pas une quelconque organisation aléatoire à mettre sur le dos de la rédaction. En aucun cas, voyons!)

Quoi qu’il en soit, Lundispensable espère que ce contenu quelque peu différent vous conviendra, et vous souhaite une excellente lecture!

 banniere-du-10-oct

UN FILM : The Lady,  de Luc Besson

Aung San Suu Kyi.

Qui ?

Et pourtant, cette femme devrait être parmi notre répertoire de grands noms. Bon, je l’avoue, avant d’avoir vu The Lady, je ne savais pas non plus comment le prononcer, pour ne pas avouer plus mon ignorance.

Aung San Suu Kyi est la personne qui incarne la lutte pacifique pour la démocratie au Myanmar (autre nom de la Birmanie) et c’est autour de sa biographie que tourne le film. Très romancé et relativement peu regardant des faits historiques ou des explications géopolitiques, il en reste pas moins une œuvre émouvante, qui donne chaud au cœur et à nos grands idéaux de démocratie. Nous découvrons l’histoire du prix Nobel de la paix de 1991, qui accepte d’endurer intimidations et séparations avec sa famille pour ne rien lâcher de son combat. Un film parlant, qui donne envie de se plonger dans les paysages birmans, tout autant que dans son histoire. A noter que depuis la sortie du film en 2011, la situation politique du pays a changé et le rôle de « The Lady » (surnom d’ Aung San Suu Kyi) a évolué également… Bon film !

[Elena Pilloud]

The Lady, de Luc Besson, EuropaCorp Distribution, 2011, 2h07min.

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UN FILM : Juste la fin du monde, Xavier Dolan

Cela fait 12 ans qu’il ne les a pas revus. Sa famille, ces gens qui ne le comprennent pas, ces gens qu’il ne semble pas connaître. Aujourd’hui, cet homme est sur le point de mourir. Il est temps pour lui de revenir auprès d’eux pour une journée, une seule. Un adieu. « Imprévisible, et pourtant ce n’est qu’un déjeuner en famille, c’est pas la fin du monde. »

Avec « Juste la fin du monde », Xavier Dolan nous livre un huis-clos familial adapté d’une pièce de Jean-Luc Lagarce. La singularité de ce film, c’est sa forme d’expression, une expression qui passe par le non-dit. Chaque personnage, filmé en plan rapproché, semble isolé des autres alors que les discussions s’enlisent : à chaque instant, l’incommunicabilité est palpable… jusqu’au moment où jaillit la vérité. Tout passe par le regard, le geste avorté, le contact avec l’objet empli de souvenirs, le rapport insaisissable à l’autre, qui, involontairement, transcendent l’apparence et font atteindre l’intensité du vrai. Tout est suggéré et pourtant tout est limpide.

Porté par cinq interprètes au plus juste de leur jeu, « Juste la fin du monde » parvient à emporter son spectateur autant par le rire, que par la surprise, la rage et la mélancolie. Xavier Dolan nous livre à nouveau une œuvre poignante, une beauté qui nous décroche de nous-même et qui en même temps ne pouvait nous toucher plus personnellement.

[Julien Mossu]

Le dernier long-métrage du réalisateur Xavier Dolan met en scène le drame théâtral de Jean-Luc Lagarce, écrivain mort du Sida au milieu des années 90. Le jeune prodige de 27 ans plusieurs fois primé, notamment à Cannes et aux Césars, utilise sa finesse de narration pour nous plonger dans un tourbillon tragique et ainsi créer, selon ses propres dire, son meilleur film jusqu’à ce jour.

Louis, auteur à succès, revient dans sa famille après 12 ans d’absence. Les siens l’attendent avec un mélange d’impatience, de rancœur et d’interrogations. Ils ne connaissent pas la raison de ce retour mais ne peuvent s’empêcher de tenter de rattraper le temps perdu, aussi bien pour les effusions sentimentales que les reproches et les confidences. Les espoirs déçus et les dialogues de sourds rendent l’atmosphère de ces retrouvailles de plus en plus irrespirable. On aurait parfois besoin d’une bouffée d’air, de respirer, de sortir de la moiteur de cette canicule dans laquelle les personnages sont plongés. Le drame est là mais ne semble jamais vouloir éclater.

Sortez les mouchoirs et les lunettes noires, les critiques ne s’y sont pas trompées, ce film est un indispensable.

[Lucie Lovis]

Juste la fin du monde de Xavier Dolan, avec Nathalie Baye, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Léa Seydoux Gaspard Ulliel, Diaphana Distrubutions, 2016, 1h35min.

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UN FILM D’ANIMATION : Ma Vie de Courgette, par Claude Barras

Ma Vie de Courgette est un film d’animation franco-suisse réalisé par Claude Barras basé sur le roman de Gilles Paris Autobiographie d’une courgette (2002). D’une durée de 66 minutes, le film a été réalisé en stop motion, technique permettant de donner vie à des marionnettes image par image. Un travail titanesque où chaque détail compte. Sorti en 2016, il a reçu le prix du public et le Cristal du long métrage au Festival International de Film d’Annecy pour ne citer qu’eux. Le film retrace l’histoire d’Icare, 9 ans, envoyé dans un foyer suite au décès de sa maman alcoolique. Enfin non, dites plutôt Courgette, il tient énormément à son surnom hérité de sa mère.

Un film pour les enfants ? L’âge légal de six ans le suggère bien qu’il n’est conseillé qu’à partir de dix ans.  Ma Vie de Courgette soulève la thématique lourde des enfants orphelins avec d’autres problématiques « d’adultes » en filigrane : alcoolisme, meurtre passionnel, pédophilie, parmi d’autres encore. Les sujets sont abordés avec légèreté par les enfants eux-mêmes dans un langage propre à eux. Sortie en salle le 19 octobre !

[Mona Heiniger]

Bonus: Dans les coulisses de Ma Vie de Courgette

Ma vie de Courgette, de Claude Barras, Gebeka Films, 2016, 1h6min.

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