LUNDISPENSABLE #26

Puisque les prix Nobel ont été décernés, que celui de littérature se savourera plus sur un vinyle que sur du papier, Lundispensable vous propose cette semaine une programmation à l’image de Bob Dylan, entre littérature et musique : deux livres, l’un vous plongeant au XIXème siècle, et l’autre 1981, un auteur, prix Nobel de Littérature 2003, et un chanteur.

Bonne lecture !

UN CHANTEUR – Soan

Nombreux sont ceux qui se souviendront du Soan remportant l’émission Nouvelle Star en 2009 avec sa voix râpeuse pour certains agressive, pour d’autres cassée. L’artiste a cependant bien évolué depuis et semble s’être constitué un public régulier et fidèle. Après trois albums (Tant pis en 2009, Sous les yeux de Sophie en 2012 et Sens interdit en 2013), Soan s’était lancé en 2015 dans un projet osé de crownfunding afin de récolter les fonds pour son nouvel album. La somme nécessaire au projet est récoltée en à peine 24 heures. Ainsi est sorti en mai 2016 son nouvel album Retourné vivre qui a rencontré un franc succès auprès de son audience. De la chanson d’amour Pustule à la chanson critique Je suis Charlie en passant par la chanson presque humoristique Quand je serai, si vous appréciez les textes bien écrits, les mélodies entrainantes ou encore les instrumentalisations maîtrisées, Soan saura vous séduire. D’ores et déjà en préparation de son album suivant depuis août dernier, Soan semble intarissable, mêlant productivité et qualité d’une étonnante façon.

[Aminoël Meylan]

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UN LIVRE –  Les Grandes Espérances, de Charles Dickens

L’orphelin Pip a de grandes espérances. Elevé par Mrs. Gargery, une sœur acariâtre et Joe, un beau-frère chaleureux et bonhomme, il n’aura de cesse de lutter pour transcender sa condition afin de s’attirer les faveurs de la belle et riche Estella. Pourtant, le chemin est semé d’embûches, qui sont autant de désillusions. Comment distinguer le vrai du faux ? Faut-il choisir une vie simple et tranquille, ou chercher à dépasser son propre destin pour aller plus loin et plus haut ?

Les thèmes abordés dans Les Grandes Espérances, publié au XIXème siècle, sont toujours actuels et les personnages décrits de manière assez juste pour faire figure d’archétypes. Il est question, dans ce grand roman, d’amour sincère et d’amour déçu, de famille réelle ou rêvée, d’espoirs contrariés (pas forcément pour le pire) ou réalisés (pas forcément pour le meilleur). Le style élégant et l’humour omniprésent contribuent, en plus de son caractère inévitablement moderne, à faire des Grandes Espérances un moment de lecture rare et délicieux.

[Léa Farine]

Les Grandes Espérances, de Charles Dickens, Gallimard, 2000.

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UN AUTEUR – J.M. Coetzee et la déconcertante énigme de l’autre

À l’image du mystérieux discours qu’il prononça, en 2003, lors de la réception du Prix Nobel, J.M. Coetzee ne se laisse que difficilement cerner. Retiré aux États-Unis, après avoir enseigné la linguistique aux Universités du Cap et d’Adélaïde, l’écrivain sud-africain refuse systématiquement toute interview, nourrissant même le flou qui l’entoure par la publication ponctuelle de « biographies fictionnelles » (Vers l’âge d’homme, L’été de la vie). Voudrait-on savoir qui est l’homme Coetzee ? qui dit « je » dans ses écrits ? On se tromperait de voie… Car là n’est évidemment pas l’enjeu : l’énigme, érigée en culte, constitue ici un jeu suffisamment complexe pour former littérature. Et la fréquentation de son œuvre de le confirmer, elle qui, tout entière et avec un discernement impitoyable, interroge les mécanismes complexes de l’altérité : l’autre culturel, bien sûr, violence de l’Apartheid (Disgrâce, prix Booker 1999) et passé colonial (En attendant les barbares) obligent ; mais aussi l’autre intime, qu’il se cristallise dans la progression insidieuse d’un cancer (L’âge de fer) ou dans les méandres de la solitude et de l’insignifiance (Michaël K., sa vie, son temps).

 À l’heure où le où le nom du lauréat du Prix Nobel de littérature 2016 vient d’être dévoilé, les écrits de J.M. Coetzee, l’air de rien, nous apprennent quelque chose d’essentiel : ce que la littérature peut être, quand elle est pratiquée avec cette ferveur et cette honnêteté : plaisir et remède tout à la fois. C’est-à-dire indispensable.

[Lucien Zuchuat]

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UN LIVREMa part de gaulois, de Magyd Cherfi

De tout temps, l’homme a toujours aimé deux choses : débuter ses discours par la formule « De tout temps, l’homme a toujours » et se complaire dans le passé. Tandis que la Suisse nous chante par son nom le souvenir d’un certain peuple celte, les présidentielles françaises remettent une énième fois sur le tapis cette problématique des « origines gauloises » de sa population.

Ma part de Gaulois nous propose pourtant un récit bien loin de l’image des blonds moustachus et chevelus dopés à la potion magique. Point de petit village gaulois, mais les quartiers nord de Toulouse, point de Vercingétorix, mais Magyd Cherfi et  en guise d’Alésia, le baccalauréat à obtenir, premier bac arabe de la cité, cet illustre et banal bac, ce foutu bac à avoir, pour Maman, pour convenir à cet amour de l’écriture trop français, pour être arabe parmi les indigènes – ou l’inverse ? Magyd Cherfi nous propose à travers ce récit autobiographique, sa peinture de l’année 1981, cette quête identitaire qui fut la sienne, ainsi que la fresque d’un monde si rarement présenté de l’intérieur, dans un style irrévérencieux à souhait. Un plaisir à lire !

[Bérénice Balmat]

Ma part de gaulois, de Magyd Cherfi, Acte-Sud, 2016.

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