LUNDISPENSABLE #29

Sans doute que pour certains, constater que l’on est le 21 novembre 2016, c’est réaliser que l’on se rapproche de la fin de l’année. Pour d’autres, que l’hiver tente dangereusement de s’installer, mais que pourtant « Y’a plus de saison ma bonne Lucette ! ». Pour d’autres encore, que les résultats des votations arriveront dimanche, et qu’il est donc grand temps de parler intensivement du nucléaire pendant une semaine. Mais pour beaucoup, c’est surtout l’occasion de se dire que le temps passe, que l’on est un pas de plus dans le futur… et que le monde a l’air toujours aussi compliqué qu’il l’était l’année précédente, entre guerres, terrorismes et autres questions de sociétés. Pour méditer là-dessus – ou pour au contraire chercher un maximum à vous évader de cette actualité – Lundispensable vous propose cette semaine deux films, une nouvelle et une pièce de théâtre.

Bonne lecture !

UNE PIÈCE DE THÉÂTREMusée haut, musée bas, de Jean-Michel Ribes

Créée le 24 septembre 2004 au Théâtre du Rond-Point à Paris, Musée haut, musée bas prend la forme d’une curieuse pièce de théâtre regroupant différentes scènes plus ou moins longues ayant comme point commun de se dérouler dans un seul et même musée. Touristes stupides, conservateur de musée hystérique, visiteurs perdus, gardiens ne supportant plus la vue des œuvres d’art et se prenant d’affection pour des mammouths empaillés ; chacun saura y trouver une dose d’humour plus ou moins saugrenue. « Tous chômeurs. – C’était de très gros baiseurs. » à propos des impressionnistes, « Je le trouve tendre. Il a de bons yeux. » à propos des mammouths empaillés ; sans parler de Velasquez, Rembrandt, tous y passent. L’humour décalé mais cependant plein de bon sens de Jean-Michel Ribes nous emmène loin dans une comédie culturelle passablement comique et divertissante. A noter que le film tiré de la pièce de théâtre, s’il ne conserve guère le charme que peut avoir la pièce sur les planches, reste une excellente approche de l’œuvre.

[Aminoël Meylan]

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UN LIVREBéni soit l’atome, de René Barjavel

Bonjour, soyez le/la bienvenu(e) dans le futur. Le futur des années 70. Venez, montez à bord du bus-astronef, véhicule des plus banales qui vous permet de faire un Paris – New-York en 30 minutes. Et alors que vous pensiez atterrir, regardez la Grande Pomme s’embraser… et l’humanité manquer de s’éteindre brusquement. Béni soit l’atome est le récit d’une humanité façonnée par un instinct de survie redoutable…  et un instinct d’autodestruction tout aussi performant. Une humanité cyclique qui constitue l’unique danger pour elle-même dans son rapport à l’atome.

Barjavel fait partie de ces auteurs qui ont écrit du fantastique et de la science-fiction sans s’encombrer des lourdeurs du genre. Parlons d’un désastre nucléaire planétaire ? Soit, mais parlons-en en ne traitant qu’en un paragraphe toute l’apocalypse qu’elle implique. A une époque où ce petit paragraphe constituerait le gros de n’importe quelles œuvres, l’écriture de Barjavel est rafraichissante. Et il n’empêche que le rapport bénéfique à l’atome qu’elle décrit est bien loin de nous rassurer !

[Bérénice Balmat]

Béni soit l’atome, dans Béni soit l’atome, et autres nouvelles, de René Barjavel, Librio, 2003.

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UN FILMMicmacs à tire-larigot, par Jean-Pierre Jeunet

Est-ce que vous reconnaissez ce fameux grain ocre sur l’image, cette fameuse patte un peu folle et très attachante ? Mais oui, félicitations, vous êtes doués, c’est Jean-Pierre Jeunet ! Réalisé en 2009, Micmacs (de son petit nom abrégé) est un des derniers films de notre cinéaste français préféré.

Cette comédie nous raconte l’histoire de Basil, ses conditions de vie deux fois irrémédiablement modifiées par l’industrie de l’armement : des années après être devenu orphelin, il se prend une balle dans la tête lors d’une fusillade. Survivant, mais au chômage, perturbé, Basil se retrouve dans le monde de la rue, et rencontre une bande organisée de clochards un peu artistes et totalement fous.

Le spectateur se trouve dans la perspective de cette folie, qu’il prend comme norme ; et c’est le reste du monde qui paraît dérangé, trop compliqué, cynique.

Il vivra une aventure qui forme une critique à la fois de notre mode de vie au regard de celui des protagonistes, si attachants ; et du marché de l’armement en France, dont on ne parle jamais, et qui est cette fois dénoncé et rendu ridicule, dans un grand mouvement comique et burlesque. Satire très actuelle, sachant que la France est toujours le troisième pays exportateur d’armes, avec 4.9 milliards de dollars de bénéfice.

[Alizée Lombard]

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Micmacs à tire-larigot, par Jean-Pierre Jeunet, Warner Bros. France, 2009, 1h 45min.

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UN FILMLe ciel attendra, par Marie-Castille Mention-Schaar

Ce film français réalisé par Marie-Castille Mention-Schaar traite d’un sujet d’actualité pour le moins délicat. En effet, Sonia, 17 ans, et Mélanie, 16 ans, sont des adolescentes qui sont toutes deux tombées dans le piège de Daesh. L’une, certaine que c’est la seule façon d’assurer une place à sa famille au paradis, était prête à rejoindre les djihadistes en Syrie. L’autre, éprise virtuellement d’un combattant pour qui elle n’aura bientôt que d’yeux, sera rapidement embrigadée. Le récit décrit le cheminement psychologique et les moyens utilisés par l’organisation terroriste qui mènent jusqu’au basculement, ainsi que les solutions éventuelles afin de sortir de ce cercle vicieux.

Le rôle des parents – qui souvent ne voient rien venir – et des réseaux sociaux sont remis en question, ainsi que les informations complotistes auxquelles certains jeunes veulent bien croire. Cet enchevêtrement de causes probables rend le film captivant et bouleversant à la fois, tout en détruisant les préjugés que nous pourrions avoir sur l’embrigadement. A noter aussi la présence pertinente de Dounia Bouzar, fondatrice de l’association Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’islam, qui joue dans le film son propre rôle.

[Ariane Ducommun]

Le ciel attendra, réalisé par Marie-Castille, UGC Distribution, 2016, 1h 44min.

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