LUNDISPENSABLE #30

Top! Je suis une pastille hebdomadaire de fraîcheur et de culture. Apparu sur la Fribune en septembre 2015, je fais depuis le bonheur des étudiants de l’université de Fribourg. Paraissant chaque lundi, je suis l’apanage de l’humour et du bon goût en matière de jeux de mots. Apte à traiter de sujets divers et variés, je suis capable de vous proposer un panel d’œuvres traitant de la chanson française, de Gogol Bordello, du boucher de Prague et de Peter Pan.

Je suis, je suis, je suis…?

(N’hésitez pas à répondre à cette grande question dans les commentaires! Bonne lecture!)

UN FILMEverything is Illuminated, de Liev Scheider

C’est l’histoire de Jonathan, un jeune homme juif américain et collectionneur de toute sorte d’objets. Cet étrange personnage, interprété par Elijah Wood, décide d’aller en Ukraine, pour remonter aux origines de son grand-père. Quelle surprise lorsqu’il découvre ses guides pour « touristes juifs riches à la recherche de leur histoire » : son traducteur, Alex, son conducteur aveugle et à la retraite, Alex, et leur chien d’aveugle cinglé, Sammy Davis Junior Junior.

Ce chef-d’œuvre, réalisé en 2005 par Liev Schneider, est une adaptation du roman éponyme de Jonathan Safran Foer paru en 2002. Il associe un comique mordant et dérangeant à une sensibilité bouleversante, et raconte un passé tragique, au travers du cadre du présent, étrange et drôle. Les prises de vues originales sont accompagnées d’une musique fortement imprégnée des pays de l’Est, de Paul Cantelon, et diverses chansons reprises des groupes Leningrad et Gogol Bordello, dont le chanteur Eugène Hütz, joue le rôle d’Alex le traducteur.

Tout d’abord amusé par une dose de légèreté au début du film, touché par des personnages atypiques et attachant, le spectateur rencontrera la confusion face à un tragique surprenant.

[Alizée Lombard]

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UN LIVREHHhH, de Laurent Binet

Un titre quelque peu barbare pour parler d’un homme qui ne l’est pas moins. Et c’est un euphémisme de le formuler de la sorte puisque c’est Reynhard Heydrich, le fameux chef de la RSHA nazi, qui hante les pages de ce roman historique. Malgré la dimension monstrueuse de ce personnage admirablement bien décrit, il n’est pas le véritable sujet de l’œuvre. En effet, le récit se concentre progressivement sur l’opération « Anthropoïde » confiée à deux résistants tchécoslovaques, Jozef Gabcik et Jan Kubis, bien déterminés à assassiner celui que l’on surnomma « Le Boucher de Prague ».

Laurent Binet réussit à la perfection cette reconstitution historique minutieuse tout en engageant une réflexion sur l’écriture de l’Histoire. Comment aborder un sujet purement historique sans se prendre aux pièges de l’invention romanesque ? Ce questionnement accompagne l’auteur dans son processus d’écriture, tiraillé entre les réflexes automatiques de son imagination et la volonté d’honorer les mémoires d’êtres courageux par une restitution complète et précise du cours de l’Histoire. Un récit véridique qui ne manque pas de pointes d’humour, de sensibilité et de poésie.

[Julien Mossu]

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UN CHANTEUR – Barcella

On parle souvent de chanson française pour évoquer les grands classiques parmi lesquels on compte Brel, Barbara, Ferré ou encore Brassens et s’il est vrai que la chanson française actuelle connaît apparemment moins de succès qu’auparavant, on peut tout de même y faire de surprenantes trouvailles. Barcella, de son vrai nom Mathieu Ladevèze, est un auteur-compositeur-interprète français, amoureux des mots, poète amusant, chanteur à textes parfois curieux. De la jolie chanson d’amour Ma Douce parsemée de clins d’œil coquins à la chanson vengeresse Les Sornettes où un enfant rageur exhorte les adultes à cesser de mentir sur des sujets aussi inadéquats que le Père Noël, Barcella nous livre trois albums aux textes particulièrement bien écrits et travaillés, passant du comique au tragique, de l’amour à la haine, de la colère au rire, enfin bref, tout ce qu’il y a de plus agréable et de plus sympathique.

Le plus surprenant de ces albums reste encore La Boîte à musiques sorti en 2010 ; son premier album ; sur lequel on retiendra notamment « Obligatoire au bac » et « La Queue de poisson » ; idéales pour se donner un avant-goût de l’univers surprenant de l’artiste !

[Aminoël Meylan]

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UNE BANDE DESSINÉELe Petit Monde, de Toru Terada et J.D. Morvan

« Tous les enfants vieillissent, sauf un. » Imaginez un court instant que non, justement, celui-ci aussi soit amené à mûrir, et ce dans un monde de favelas futuristes, sous les traits d’un dessinateur Nippon et les mots d’un scénariste français : félicitation, vous venez d’imaginer Le Petit Monde. Pastiche de Peter Pan, (un enfant qui fêtera ce mois-ci ses 112 ans!), cette bande dessinée, signée J.D. Morvan et Toru Terada nous projette dans un monde où le rêve se programme et où une hémoglobine pastel coule à foison. Qu’on ne s’y trompe pas : Le Petit Monde, malgré sons sujet de base (et son nom) ne craint pas, derrière son esthétique manga, de nous étaler meurtre, intimidation et prostitution, entre deux instants d’innocence de courte durée. Un petit bijou à mettre entre des mains averties.

[Bérénice Balmat]