Alors que l’automne nous enveloppe entre  fraîcheur et froid glacial, et qu’il nous vient l’envie de prendre une saison sabbatique pour partir hiberner sous 24 couches de plaids, Lundispensable vient percer brume et timides flocons pour vous présenter des œuvres à savourer sous sa couette: un roman certes, car on ne change pas une ambiance plaid, mais surtout une série de pièces musicales!

Bonne lecture – et bonne fuite du froid!

UN OPÉRA – Lucrezia Borgia, de Gaetano Donizetti

Il est impossible d’épingler le moment précis où l’histoire de la musique bascule vers un nouveau courant. Cependant, si nous devions donner une date importante du passage du classicisme au romantisme en Italie, ce serait celle de la première de l’opéra Lucrezia Borgia de Gaetano Donizetti. Adapté de la pièce homonyme de Victor Hugo, la version vocale présente le romantisme frénétique dans toute sa splendeur. Lucrezia Borgia, véritable monstre ayant tué sans pitié n’importe qui l’offensant un tant soit peu, cache un fils, Gennaro, qu’elle aime et protège de toutes ses forces. Ce dernier ne sait rien de son lien avec ce tyran et la hait. Donizetti fait parfaitement ressortir le caractère ambigu de la protagoniste : colérique, injuste mais à l’instinct maternelle fort, et surtout douce avec son fils. L’histoire turbulente et à l’issue funeste est un véritable tourbillon d’émotions. Explosions vocales, mélodies splendides et passion romantique sont les ingrédients de ce chef-d’œuvre phare du romantisme italien.

[Raphael Eccel]


UN ROMAN – Les blés en herbe, de Sidonie-Gabrielle Colette

Chaque été, la Bretagne est le grand théâtre d’un amour de jeunesse évoluant sur fond de vacances communes entre la famille Audebert et la famille Ferret. Et ciel! Que l’avenir et la possibilité d’un mariage semble lointain quand on a que 15 et 16 ans! Et que faire alors que les affres de la passion rejoignent la partie? Ballotté entre une éducation de l’amour charnelle et un long apprentissage des sentiments, Colette nous livre un personnage principal touchant, dans sa matérialité la plus profonde, à l’esprit embourbé dans l’adolescence: ce moment précis où l’on ne sait plus s’il faudra se faire appelé « Petit » ou « Monsieur ».

La plume de Colette est caressante. Elle flatte notre regard, nous enveloppe dans un doux cocon qui finit par se refermer. D’une étreinte, elle en vient à écraser les tripes d’un lecteur, qui ne parvient pas à détourner le regard du livre, tant sa lecture est envoutante. Une douce oppression que tout lecteur, lassé de ne rien ressentir face à certains romans, se doit d’expérimenter!

[Bérénice Balmat]


UN MORCEAU DE MUSIQUE – Canario, de Giovanni Girolamo Kapsberger

Certains instruments sont presque inconnus aux non-initiés. Parmi ceux-là, se trouve le théorbe, un instrument de la même famille que le luth. Pourtant il existe un riche répertoire pour cet instrument, très populaire durant le XVIe et le XVIIe siècle, que le compositeur Kapsberger aura contribué à enrichir. Canario, provient de son Libro IV d’intavolatura di chitarrone, et est, aujourd’hui, sa pièce instrumentale la plus célèbre. Elle procure des sonorités et des effets harmoniques archaïques, qui peuvent troubler ceux qui n’ont pas l’habitude de la musique ancienne, mais cela ne change rien à sa beauté. Le théorbe est un instrument au son paisible qui saurait apaiser le plus stressé des traders de Wall Street. Kapsberger est un compositeur et musicien méconnu mais dont les répertoires pour le théorbe et le luth sont de véritables bijoux qui mériterait plus d’attention. Canario est une petite friandise qui ne vous fera pas culpabiliser !

[Raphael Eccel]


UN MORCEAU DE MUSIQUE – Ecco mormorar l’onde, de Claudio Monteverdi

Il nous semble acquis de nos jours que la musique en elle-même permette de décrire le monde et puisse être un langage en soi. Cependant, au cours de l’histoire de la musique, le compositeur a dû constamment trouver des moyens pour que sa musique transmette plus que la simple envie de danser, car la musique n’a longtemps eu qu’un but fonctionnel. Le madrigal italien, dont Claudio Monteverdi est le principal représentant, est le fruit d’une réflexion tentant de mêler l’écriture complexe de la musique savante baroque et poésie de grande qualité ! Ecco mormorar l’onde n’est pas le plus audacieux des madrigaux de Monteverdi mais il est d’une beauté touchante. Les différentes voix s’essaient à transmettre une image d’une nature calme. Un ruisseau, des oiseaux et l’aube tels que les décrit Tasso, auteur du poème sur lequel est basé la musique. « Voilà que murmure l’onde » : le titre du madrigal vous appelle à imaginer et rêver.

[Raphael Eccel]


Comment? Cette rubrique ose s’appeler Lundispensable sans parler de cette fameuse œuvre qui est selon vous la plus indispensable des indispensables?

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