Lundispensable piqûre de rappel (été 2016)

Vous imaginiez-vous sincèrement passer un bel été complet au soleil, à vous dorer la pilule, sous un ciel bleu azur, des palmiers plein le crâne et du punch coco plein le foie ? Certes, vous auriez vécu un bien bon été, un bel été ; mais pas un été parfait !
Ainsi, par un temps aussi caniculaire que possible en Suisse, Lundispensable, dans sa grande charité, donne de sa personne cet été pour votre plus grand bonheur ! Et afin de nous assurer que le choc de la rentrée prochaine ne soit pas trop violent pour vous, une petite piqûre de rappel – « Lundispensable piqûre de rappel » devrions-nous dire – s’impose, à coup de jeu vidéo, de chaîne youtube et de films.
Une belle fin d’été à tous !

UN JEU VIDÉOInside, par Playdead

En général, l’été est le moment de l’année où l’on voit tout particulièrement poindre de toute part des œuvres insufflant ondes positives et joie de vivre. N’en déplaise pourtant aux hits de l’été et autres romans à l’eau de rose trônant sur les plages, l’air estival était parmi nous alors qu’Inside pointait le bout de son nez, le 29 juin 2016.

A des années lumières des mots « joie de vivre », ce jeu vidéo nous propose d’incarner un enfant s’enfuyant à travers un monde monochrome aux allures totalitaires. Sans véritablement savoir ce qui pousse cet enfant à fuir, nous avançons de plate-forme en plate-forme, d’énigmes en énigmes, en tentant tant bien que mal de comprendre les motivations de l’enfant et surtout du monde dans lequel il évolue. « Bonne nouvelle » pour les esprits fatigués que la lecture estivale rebute, nul besoin de savoir lire pour profiter de manière optimale de l’histoire d’Inside. Point de cinématique, de tutoriel ou même la moindre ligne de dialogue dans ce jeu. Ce qui ne signifie en aucun cas qu’il vous est conseillé de proposer une partie à votre petite sœur de 5 ans. Outre la difficulté de ses énigmes, qui fait de ce jeu un digne représentant du genre « Die and retry »*, l’ambiance lourde et oppressante que l’on y retrouve aura de quoi imposer une forte dose de tension au joueur, quand ce n’est pas carrément de la panique.  Une des joies d’halloween avec un peu d’avance, en somme.

*Le « die and retry », comme son nom l’indique, est une mécanique de jeu contraignant le joueur à perdre afin de pouvoir comprendre le fonctionnement, dans le cas d’Inside, d’une énigme, et donc la passer au prochain essai.

[Bérénice Balmat]

Inside, développé et édité par Playdead, 29 juin 2016, sur Xbox One, PC, PS4.

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UN FILMFruitvale Station, de Ryan Coogler

Basé sur des faits réels, Fruitvale Station retrace la dernière journée d’Oscar Grant, victime d’une bavure policière devant de nombreux témoins dans une station de métro à San Francisco le 1er janvier 2009. C’était une journée un peu particulière pour Oscar, qui avait pris la résolution de lutter pour offrir une vie meilleure à sa famille. Mais sur fond de tensions raciales, tout peut basculer. A travers ce récit, on ressent fortement la supériorité des uns et l’impuissance des autres.

Empreint d’humanité, le film met en lumière ce qui est trop souvent réduit en chiffres dans les médias. Le film, réalisé en 2013 par le jeune Ryan Coogler, a remporté le Grand Prix du Festival de Sundance ainsi que le Prix du Public.

Provoquant un sentiment d’indignation et d’incompréhension, ce fait divers montre une fois de plus les failles du système judiciaire et policier américain, à l’instar de l’actualité de ces derniers mois aux Etats-Unis.

[Ariane Ducommun]

Fruitvale Station, par Ryan Coogler, ARP Sélection, 2013, 85 min.

Pour voir le trailer, cliquez ici.

 

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UNE CHAÎNE YOUTUBEBite Size Psych

Lorsque l’on erre sans but sur internet, il arrive que des titres attirent notre attention par leur aspect racoleur, mais que le contenu qui y soit lié déçoive amèrement. C’est ce qui m’est arrivé originellement avec la chaîne Youtube de Bite Size Psych. Sous ses abords d’excuse pour adolescent en mal de confiance en soi, la vidéo « The simple riddle that 50% of Harvard students get wrong » a perfidement réussi à m’apprendre quelque chose (l’adolescent en moi l’a très mal vécu).

C’est une constante de Bite Size Psych justement, avoir une approche populiste du titre, mais une approche fouillée et documentée du contenu, le tout présenté en anglais à l’aide d’animations et de pictogrammes sympathiques. Les thèmes soulevés proviennent essentiellement de la psychologie et des sciences cognitives, avec toutefois une emphase particulière sur l’impact que ces résultats peuvent avoir sur la vie de tous les jours. Sa dernière vidéo « The strongest form of discrimination is the most ignored », par exemple, traite en particulier des biais cognitifs liés à l’appartenance politique, sujet qui tombe à pic dans une période relativement tendue où l’on est poussé à prendre parti publiquement sur les réseaux sociaux.

[Benoît Richard]

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UN FILMChocolat, par Roschdy Zem

Avant de prendre des fessées burlesques, Raphaël Padilla travaille comme « cannibale » dans un petit cirque, effrayant le public, pomponnant les clichés racistes de l’époque. Touchant et amusant, ce personnage que joue Omar Sy prendra pleinement conscience de sa condition avec la célébrité. Mais que peut-il faire, seul, alors qu’on accepte tout juste qu’un noir devienne célèbre en se faisant botter le cul ?

Ayant fait tapage il y a quelques mois, ce film de Roschdy Zem retrace l’histoire de l’un des plus grands duos de clowns de tous les temps. Une histoire de clown, c’est toujours agréable à regarder. Mais lorsque ce dernier est noir dans une France coloniale de fin du dix-neuvième – ou début du vingtième – siècle, préparez les mouchoirs et les questions existentielles. Attention tout de même, de nombreuses libertés ont été prises quant à l’histoire réelle de Raphaël Padilla.

[Alizée Lombard]

Chocolat, par Roschdy Zem, Gaumont, 2016, 120 min.