Situé entre le 74° et 81° de latitude nord, l’archipel du Svalbard abrite l’université la plus septentrionale du monde. Un soleil absent la moitié de l’année, une température moyenne de -5° et de la bière à prix d’or, mais qu’est-ce qu’on attend pour préparer son dossier (post) Erasmus? Parce que vous risquez quand même de vouloir y aller.

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La première impression exercée par cette île du bout du monde sur le voyageur est à la fois grisante et glaciale. Depuis l’avion qui le transporte confortablement, il aperçoit des centaines de kilomètres de montagnes et de plaines enneigées. Un paysage tellement hostile qu’il ne semble tolérer aucune présence humaine. C’est terrifiant et merveilleux.

Si, comme notre voyageur (et moi) vous arrivez par les airs, c’est à Longyearbyen, sur l’île du Spitzberg, que vous ferez vos premiers pas. Chef lieu du Svalbard, la bourgade compte environ 1600 âmes, presque seules au milieu d’une île de la taille de la Suisse. L’archipel entier s’étale sur 61’022 km2.

Au milieu de ce village casé entre les montagnes- qui paraissent bien petites pour un Helvète- vous trouverez non seulement une église, plusieurs brasseries, mais aussi, et surtout, une université. Bien installée dans un bâtiment aux formes élégantes, l’UNIS (University Centre in Svalbard) offre la chance à environ 400 étudiants d’approfondir leurs connaissances avec vue sur l’océan arctique. Tout cela en anglais, même si l’Université est norvégienne. Les seules branches enseignées sont la biologie, la géographie, la géophysique et les sciences de l’environnement.

Si vous avez la chance d’étudier ces domaines, ou que vous avez le malheur de vous sentir à l’étroit dans les paysages suisses, alors le Svalbard est l’endroit qu’il vous faut. « Pas pour toute une vie » vous répètent ceux qui ont fait le choix de passer un moment à 1300km du pôle Nord. Mais pour un ou deux ans, l’expérience vaut bien l’abandon des métropoles et du doux climat tempéré. Car l’île du bout du monde a beaucoup à offrir. Des espaces infinis de plaines, de montagnes et de glaciers, délestés de toute présence humaine.

Yann, jeune étudiant anglais en biologie, débarqué au Svalbard depuis environ 2 ans, y a trouvé un terrain de jeu à son goût. Aujourd’hui guide, il raconte avec plaisir les moments qu’il a passés et qu’il passe encore à l’UNIS. Il accompagne toujours les étudiants lors de leur expédition annuel pour le recensement d’espèces comme le renne arctique. Mandatés par le gouvernement norvégien, ceux-ci passent plusieurs jours dans les plaines du Svalbard, à la recherche des animaux dont ils estiment ensuite le nombre. Des jours de camping et de marche, avec chiens et fusils pour se protéger des ours polaires. Ces derniers sont protégés, mais leur comportement parfois agressif oblige les randonneurs à disposer d’une arme pour les faire fuir ou se défendre. D’ailleurs, un des premiers cours dispensé aux nouveaux étudiants est celui du maniement du fusil. Et des règles de survie élémentaires dans un tel environnement.

Pour mieux éveiller vos curiosités, j’aurai du parler de beaucoup d’autres choses. Du soleil de minuit et de la lune de midi. De la politique migratoire la plus simpliste, qui permet à des centaines de Thaïlandais de se retrouver au milieu des glaces. Des hordes de motos-neige et de toutes ces choses cocasses qui sont là-bas « les plus au nord du monde ».

J’espère vous avoir donné l’envie d’un séjour sur ces «côtes froides» (traduction littérale de Svalbard). J’aurais toutefois du mal à terminer cet article sans vous parler du petit goût amer qui vous accompagne en partant. Un brin d’amertume, parce que ce temple naturel pourrait bientôt souffrir des besoins d’un monde assoiffé de pétrole, auquel nous participons tous plus ou moins. Surtout moi, assise dans un avion. Car les magnas de l’or noir projettent d’introduire un nouveau genre de monstre marin, répugnant successeur des baleines maintenant bien rares: les transporteurs de pétrole. Selon les rumeurs, ces navires, plein du pétrole groenlandais, devraient transiter par Longyearbyen. Bien pratique, mais extrêmement dangereux pour cet environnement unique et protégé encore aujourd’hui.

En fait, c’est ça le Svalbard: un bout de terre, inspirant à la fois le dégoût pour une société qui détruit et défigure ce qui ne s’oppose pas à elle, et l’envie de profiter de ce qu’il reste de coin de monde perdu.