Entre travail et loisir, cet épisode commence dans une échoppe, escalade les pentes raides du volcan Bisoke, puis finir sur la route, dans les bras d’une petite fille. Un voyage dans la vie sauvage et les pensées d’un vieil alcoolique plutôt drôle. 

Terrasses(crédit photo: ib)

Terrasses(crédit photo: ib)

L’infaillible tactique

Alors que je me trouve dans une petite boutique pour mener des entretiens avec différents producteurs, une foule de personnes viennent observer, puis repartent. Un va-et-vient dont j’ai perdu le fil depuis longtemps lorsqu’un personnage un peu plus bruyant fait son apparition. Un vieil homme me dit bonjour en français et commence à monopoliser la discussion. Il parle bien le français qu’il a appris, paraît-il, en Belgique. Son accent est là pour le prouver. Mais l’alcool qu’il refoule à plein nez le rend difficilement compréhensible et lui fait ajouter des « r » à chaque fin de mot. Il intervient après chaque phrase de la personne interrogée et joue le rôle du traducteur avec un plaisir et une fierté non-dissimulée. Soudain, il me dit : « Bon c’est mon tour ! Note ; Mutambuka, Sébastien. La femme c’est Mukamusoni France. Pose les questions ! » Conscient que l’entretien sera beaucoup trop compliqué à mener en français, j’improvise en sortant une feuille blanche, pour le plus grand plaisir du traducteur qui essaie de trouver une issue sans succès. Je pose deux ou trois questions sur sa production, auxquelles il répond qu’il a appris le français en Belgique, ce qu’on sait déjà, et qu’il a besoin d’une vache. Après trois minutes, je lui dis : « merci beaucoup, au revoir » à quoi il répond, lucide : « c’est déjà fini ? Mais les autres étaient plus longs ! » Le traducteur montre un peu de nervosité mais je nous sors de là en affirmant que nous avons toutes les informations nécessaires. Toute la boutique, qui rigole depuis 10 minutes nous accompagne au dehors où le vieux me réclame encore 200 Francs Rwandais que je lui donne pour avoir amusé tout le monde. En redescendant de la montagne, un villageois qui nous accompagne explique que la tactique du Musaza (vieil homme) pour gagner quelques francs, c’est de se « coller » à un groupe jusqu’à ce qu’il reçoive une pièce. Tout le monde joue le jeu et le vieux boit des bières tranquillement…

La vie sauvage

Première grimpette sur un volcan et première petite aventure. Avec sa taille moyenne et la présence des gorilles sur ses pentes, le Bisoke se prête parfaitement à une petite sortie dominicale qui s’annonce tout à fait banale. Mais comme une participante souffre d’un genou et que la descente est relativement raide, nous avançons lentement et prenons même du retard. Tout le monde est fatigué, la nuit va tomber, nous sommes encore au milieu de la forêt et tout le monde sait que c’est l’heure où les buffles descendent de la forêt par les mêmes chemins que nous pour aller se sustenter. Il ne faut pas trainer. Tout le monde semble l’avoir compris sauf la principale intéressée. Alors que nous touchons au but, un des soldats qui nous accompagne fait signe de s’arrêter, fais un mouvement de charge avec son fusil, et au bruit de l’arme, une quinzaine de buffles sortent de la forêt en courant. Le chef de horde, un superbe taureau d’environ 650kg de muscles, restent planté à 50 mètres de nous, prêt à charger. Seule consigne : s’il charge, trouvez un arbre et tournez autour…Rassurant. Les soldats accompagnent les touristes exactement pour les sortir de ce genre de mauvais pas. Et ça se voit, le soldat a les yeux qui brillent et n’attend que les ordres pour faire feu. Par chance, le guide est un peu plus lucide et fait remarquer que s’il le rate ou que les autres décident de nous charger, ce sera un massacre. Comme les buffles se trouvent sur le seul chemin praticable, nous attendons 20 minutes qu’ils partent, mais ils n’ont pas l’air décidés. Il faut signaler que les buffles tuent plus de touristes que tous les lions d’Afrique réunis.

Comme la nuit va tomber, le guide prend la décision de couper à travers la forêt pour éviter les buffles. Nous voici donc parti, au milieu des arbres et des herbes, avec une visibilité d’environ 30 centimètres. Après quelques mètres, nous nous retrouvons en contrebas des buffles dont on ne peut qu’espérer qu’ils nous ignorent. Ce qui fait un peu monter l’adrénaline, ce n’est ni la proximité des buffles, ni la tension palpable dans les yeux avides de trophée des soldats, mais la touriste endolorie qui s’arrête tous les 3 mètres pour discuter avec son copain. L’aventure se termine dans la nuit, sans blessé, sans souci, avec de magnifiques paysages en souvenir.

Effusions d’amour

Mon chauffeur me prend le matin à 8h00 à la maison pour partir sur le terrain. Comme je suis toujours prêt à 8h00 et qu’il vient de manière aléatoire entre 8h05 et 8h30, je décide de marcher à sa rencontre. Comme j’arrive à un croisement, je tombe sur une jeune fille d’environ 8 ans et son frère qui partent pour l’école. Lorsqu’elle me voit, la petite fille ouvre d’immenses yeux émerveillés, dit : « oooooohhhhhh Umuzungu ! » avec un bonheur non dissimulé et se jette sur moi pour m’enlacer très très fraternellement. Après quelques secondes, elle ouvre ses yeux, me regarde par le bas et dis quelque chose en kinyarwanda que je n’ai pas compris du premier coup (je ne suis pas encore tout à fait bilingue). Mais après quelques secondes de réflexion, je réalise qu’elle me demandait du chocolat… Quand je pense au bonheur que cette petite fille m’a transmis et au fait que je suis parti sans même lui laisser un crayon… Espérons que le hasard me fasse tomber une seconde fois sur ce sourire innocent et que je ne rate pas la deuxième occasion de lui offrir un humble cadeau matériel pour la remercier…