Personne n’a pu échapper à la nouvelle qui a fait l’effet d’une bombe dans le milieu de l’alimentation : la viande est cancérogène ! Au même titre que la cigarette, le radon et l’alcool ! Il fallait voir les végétariens et autres vegans déverser leur joie sur les réseaux sociaux à la manière de footeux célébrant un but de Cristiano Ronaldo ou de Lionel Messi. Le cancer était soudainement devenu leur allié le plus précieux. Sans faire la plaidoirie du Burger, il est peut-être temps de déconstruire l’événement.

Ce qu’a vraiment dit l’OMS

C’est le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), agence affiliée à l’OMS, qui a publié une étude sur les risques cancérogènes liés à la consommation de viande. Celle-ci affirme que la viande rouge est « susceptible d’être cancérogène » et que la viande dite transformée, pensons ici à la charcuterie, est cancérogène.

La viande transformée a été classée dans la catégorie 1 des causes de cancer, en compagnie donc, du tabac, de l’amiante ou encore de l’arsenic. Très vite, plusieurs médias se sont empressés d’affirmer entre les lignes qu’il était désormais, selon l’OMS, aussi dangereux de consommer de la viande que de fumer des cigarettes. On peut légitimement se demander pourquoi certains journalistes ont pris consciemment ces raccourcis et résumé l’étude d’une manière si alarmiste. L’occasion était peut-être trop belle. Une révélation aussi fracassante ne pouvait que faire du clic et du buzz, et enclencher une lutte sans merci entre scientifiques, végétariens, sociologues et lobbys pro-viande. Et cela n’a pas manqué. Des intervenants sont en effet montés au créneau pour s’insurger ou se réjouir, pendant plusieurs jours.

Ce qui est dommage, c’est que ces propos aient été relayés fièrement et sans recul par toute une cohorte d’amis des animaux. Alors que dans les faits, le CIRC n’a rien affirmé de tel. Les classifications effectuées n’avaient en effet pas de lien avec le niveau de risque de développer un cancer. Le rapport annonce par contre le chiffre de 34’000 décès par cancer (pour la majorité colorectal) développé suite à une alimentation trop riche en viande transformée. Ce nombre certes impressionnant, est cependant vingt-neuf fois inférieur aux décès liés au tabac (1’000’000 de morts/an). Il est temps de revenir sur Terre.

En mettant tout cela entre parenthèse, on pourrait toutefois admettre que les résultats sont là, et que la viande est dangereuse pour la santé. Surtout si c’est une agence de l’OMS qui l’affirme, n’est-ce pas ? D’ailleurs, est-ce que l’Organisation mondiale de la santé est la référence absolue en la matière ? On est en droit de s’interroger.

L’OMS ou le patron de l’hygiénisme mondial

Il est toujours difficile pour les non-initiés, comme vous et moi, de contester des rapports scientifiques complexes, des monographies étoffées (en l’occurrence le rapport du CIRC se base sur plus de 800 études compilées sur le cancer). De quoi laisser coi le boucher-charcutier lambda, qui n’a pas nécessairement les moyens et les connaissances pour contredire avec des arguments solides ce genre d’études, et pourtant.

Il ne faut pas avoir la mémoire trop courte. N’est-ce pas l’OMS qui a lancé il y a quelques années cette alerte générale, ce début de la fin des temps avec la grippe porcine annoncée comme la pandémie du 21ème siècle ? N’est-ce pas l’OMS qui a incité plusieurs États à dépenser des sommes astronomiques pour se fournir en Tamiflu, médicament désormais contesté par de nombreux experts, mais qui était censé stopper l’hécatombe en marche ? N’est-ce pas l’OMS enfin qui, alors qu’elle a comme mission première de permettre à toutes les populations d’atteindre le plus haut niveau de santé possible, a complètement foiré son intervention en Afrique de l’Ouest pendant plusieurs mois, lors de la lutte contre le virus Ebola, avec à la clé, plus de 10’000 morts ?

Il ne s’agit pas ici de se lancer dans un processus de décrédibilisation de l’institution, ni d’amorcer une théorie du complot (l’OMS n’a à première vue, aucun intérêt à faire de telles déclarations). Au contraire, il s’agit uniquement de rendre compte de sa perfectibilité au sens général du terme, puis de relativiser l’étude qui dans les faits, s’avère être extrêmement prudente en termes de résultats.

Ce coup d’éclat est symptomatique d’une société qui bien que s’étant grandement individualisée, est de plus en plus dominée par des dogmes hygiénistes, spécialement dans le domaine alimentaire.  Ainsi, le sentiment de plus en plus partagé que tout type d’aliments est susceptible d’avoir des conséquences néfastes sur notre santé nous pousse à faire un choix: se laisser mourir de faim ou prendre le risque.

Vous pensez que j’exagère ? Vous n’avez sûrement pas eu votre quota d’émission A Bon entendeur ! De la salade verte à la courgette de votre jardin, en passant par les pommes de terre et les brocolis, la maladie vous guette ! Quoi que vous fassiez ! Le mercure dans le poisson, les pesticides dans les fruits et légumes, les OGM, j’en passe et des meilleurs. Et désormais, la viande synonyme de cancer. Pour éviter les risques, il ne faudrait faire que ça de notre vie. Huit heures par jour, quarante heures par semaine dans les supermarchés, à choisir le produit idéal qui nous évitera la chimiothérapie, l’opération chirurgicale invasive, la mort précoce !

Si l’enquête, la prévention et la sécurité pour les consommateurs restent d’une importance majeure, l’alarmisme ambiant se révèle contre-productif.  Si un nombre croissant de personnes contrôlent ce qu’ils mangent au gramme près, utilisent des applications pour savoir combien de calories ils perdent lors d’un jogging, font attention à leur taux de cholestérol, connaissent à chaque instant leur pression artérielle, d’autres, lassés, résignés, continuent à consommer sans complexe ! Il fallait voir la horde de fans se ruer à l’ouverture du Burger King en gare de Fribourg, à la mi-octobre, pour comprendre que les maladies cardio-vasculaires induites par une surconsommation de viande n’effrayaient personne. Pourquoi en serait-il différent avec le cancer ? Il existe pourtant bien des raisons valables de diminuer drastiquement voir de stopper sa consommation de viande.

Les végétariens ne doivent pas changer d’argumentation

Comme je tentais de le dire en préambule, les végétariens, sous peine d’être vu comme uniquement opportunistes, ne doivent pas s’appuyer sur le facteur cancérogène pour étayer leur argumentation et leur lutte. Tout simplement car leur idée de base n’est pas de s’éviter des souffrances personnelles consécutives à la consommation de viande, mais de stopper la souffrance animale. Leur conception du problème est hautement éthique et en aucun cas médicale. Et à vrai dire, ils ont des armes très persuasives dans leur arsenal.

Les végétariens qui étaient encore tout à fait marginalisés il y a quelques décennies, sont aujourd’hui en grande progression. Les chiffres sur le sujet sont difficiles à obtenir mais on estime à environ 500 millions le nombre de végétariens sur Terre, et chacun d’entre nous connaît désormais des personnes dans son cercle proche qui suivent ce régime. Le train est en marche, sans qu’on utilise une stratégie santéiste basée sur la peur.

Un exemple parlant est peut-être le nombre de célébrités mondiales qui font désormais la promotion de ce régime alimentaire au nom de la protection animale. En voici la liste forcément non exhaustive: Moby, Avril Lavigne, Paul McCartney, Carlos Santana, David Bowie, Lenny Kravitz, Pink, Phil Collins, Tina Turner, Joaquin Phoenix, Alanis Morissette, Jared Leto, Natalie Portman, Al Gore, Thom Yorke, Russel Brand, Penelope Cruz, Pamela Anderson, Natalie Imbruglia, Ellen DeGeneres, Anne Hathaway (…)
quote-if-slaughterhouses-had-glass-walls-everyone-would-be-a-vegetarian-paul-mccartney-19-21-98

Cependant, l’arme la plus puissante de ce type de militantisme restera toujours l’image. Peu à peu, à coup de vidéos chocs, les mentalités et les sensibilités progressent. En témoigne les gens comme moi qui sont incapables de cliquer sur une vidéo qui présente les conditions de tel ou de tel abattoir, comme ça a récemment été le cas en France, ou la façon dont est produit le foie gras.

Attention, ces images montrent de la souffrance animale

[iframe width= »640″ height= »360″ src= »https://www.youtube.com/embed/s9JR_IqRVlM » frameborder= »0″ allowfullscreen></iframe]

Les végétariens devraient également continuer à s’appuyer, pour défendre leur cause, sur les dégâts environnementaux que pourraient provoquer une surconsommation de viande frénétique. La production intensive de viande n’est en effet pas sans dégâts. Elle engendre la déforestation, la réduction de l’espace habitable, et utilise également des quantités astronomiques d’eau pour faire pousser les différentes cultures destinées à alimenter le bétail.

Des militants comme Gary Yourovsky peuvent également servir à créer un déclic dans la tête des accrocs du steak haché, bien que son discours soit simpliste et qu’il utilise à quelques égards des propos sophistes qui peuvent prêter à polémique et à débat. Il n’en est pas moins attachant et important pour amorcer un questionnement sur notre alimentation.
[iframe width= »640″ height= »360″ src= »https://www.youtube.com/embed/3t2IC3mgLaU » frameborder= »0″ allowfullscreen></iframe]

Vous l’aurez peut-être compris à travers cet article, je ne suis pas un farouche opposant du végétalisme, bien au contraire. Si je mange moi-même de la viande, c’est par habitude, par commodité et sans doute par confort. Mais je fais partie, sans doute comme certains d’entre vous, du consommateur complexé qui ferme les yeux pour ne pas voir les images. En cela je suis certainement lâche. J’ai un respect infini pour tous ceux qui défendent avec acharnement la cause animale et qui ont été pendant si longtemps et sont encore parfois, moqués, ridiculisés, ostracisés. J’ai cependant bon espoir que leurs efforts portent leur fruit à un moment ou à un autre. Les mentalités et la sensibilité face à l’animal et à sa douleur sont en pleine mutation. Les végétariens et autre végétaliens ont tout dans leurs mains pour continuer à convaincre et ce, sans s’allier au label cancer, même si sponsorisé par l’OMS. Le terrorisme intellectuel doit en effet être combattu, quelle que soit l’idée prêchée.