Dans le cadre de mon travail de bachelor en Agriculture Internationale, j’ai l’occasion de passer 6 mois au Rwanda. Au fil de mon séjour, je vous ferai partager mes expériences, inquiétudes –peut-être-, joies –sûrement- et rires – sans aucun doute. Pour mes premiers jours tout là-bas, il sera question de Noé et d’une petite fille.

Levé de soleil sur Kigali Crédit photo: IB

Levé de soleil sur Kigali Crédit photo: IB

Quoi de plus normal, lorsqu’on veut s’imprégner d’un pays ou d’une ville, que de profiter de ses terrasses ? Je m’attelais à cette activité depuis quelques minutes, – surtout que depuis tôt le matin, des chants religieux retentissant du haut de toutes les collines ont attisés ma curiosité- lorsque je me suis retrouvé malgré moi dans le vif du sujet.

La maison d’hôte qui me sert de logement semble être au cœur de ces mélodies. Voilà donc toute la journée que je m’interroge quant à l’origine de ces chants lorsqu’un homme soigneusement endimanché me demande s’il peut jeter un œil à mes guides du pays. Évidemment ce n’est qu’un prétexte pour engager la conversation et me voici invité à la célébration qui a lieu juste sous la terrasse, le soir même.

Indescriptible, surprenant voire un peu effrayant, le culte se déroule dans une grande salle avec pour  simple décor une tribune et un podium. Passons les détails, mais sachez que lorsqu’on a l’habitude de se recueillir en silence, c’est insolite. Autant dire que la passion du public fait plus de bruit que de miracles. Sans discontinuer, les chanteurs relativement talentueux se passent le micro pour entonner des chants religieux que mon voisin a la gentillesse de me postillonner (comprenez : traduire) dans l’oreille simultanément, ajoutant le doux son de sa voix au brouhaha ambient.

Un des refrains dit : « Niwowe nifuza, niwowe gusa » que mon aimable accompagnateur traduit par : « All I need is you, all I need is Lord » que j’avais envie d’agrémenter d’un « all I need c’est de trouver une issue de secours  le plus vite possible ». Cette option devient vite illusoire puisque mon généreux traducteur m’emporte avec joie et ivresse au premier rang à la demande du crieur…heu non…prêcheur. Pour faire court : je suis cuit.

À deux moments toutefois je me sens l’envie de rester.

Une petite fille se trouve devant moi, elle doit avoir six ou sept ans. Etonnée par ma pâle couleur, elle se retourne de manière régulière pour m’observer. Elle comprend certainement bien vite, à cause de mon déhanché et de mon rythme nonchalant, que je ne suis pas plus enclin qu’elle à me faire exploser les tympans. Le clin d’œil qu’elle me rend alors mêle moquerie, empathie, surprise et affection tout à la fois. Comment deviner si elle est consciente qu’à cet instant, elle vient de sauver ma soirée ?

Pendant la célébration débute la lecture de l’histoire de Noé. Récité en anglais et traduit en kinyarwanda simultanément. Allez savoir pourquoi… J’essaie de me concentrer sur l’histoire et sur l’anglais, mais la seule chose qui me vient à l’esprit est de comprendre comment il a fait pour oublier les licornes !

Sur cette question philosophique et après plus de 2 heures de bruit, je réussis enfin à m’éclipser pour retrouver le silence de l’hôtel. Pas pour longtemps toutefois puisqu’un vieil américain se joint à moi pour le souper. Il se trouve que l’individu travaille au même endroit que moi. Le cocktail idéal pour garder les oreilles en vibration encore quelques heures…