Le Rwanda se laisse découvrir avec bonheur. Dans ce volet, des hommes de confiance, des arnaqueurs, un mélange des deux et de petits chocs culturels qui rendent la vie plus palpitante.

Un jeune garçon observe une réunion de paysans par la fenêtre

Un jeune garçon observe une réunion de paysans par la fenêtre

 

Des hommes de confiance

Quand on se promène en ville, il n’est pas rare d’être interpellé par des passants curieux. Cette fois-ci je regarde un match de foot amateur lorsqu’un supporter vient me parler. Après les questions d’usage sur mon origine et ce que je fais au Rwanda, il me dit qu’il a 16 ans et qu’il vit seul avec sa grand-mère. Ses parents sont morts durant le génocide et c’est vraiment difficile pour elle de payer la scolarité de son petit-fils. Situation difficile. La conversation devenant répétitive et inintéressante, je m’occupe en faisant le calcul dans ma tête : s’il a 16 ans, le pauvre, il devait être jeune lorsqu’il a perdu ses parents…et en effet, il avait -4ans ! Alors je l’arrête et je lui fais remarquer que c’est impossible. Même pas conscient de s’être fait attraper, il continue à me baratiner et son collègue m’avoue qu’il a en fait 22 ans. Bien soit, mais je ne sais plus trop que croire. Il a donc 22 ans et est toujours au lycée et sa grand-mère ne peut toujours pas lui payer ses études ? Sa vie est vouée à l’échec si on ne l’aide pas (comprenez : si je ne l’aide pas). Il me demande de prier pour lui et son avenir et si par hasard je pouvais l’aider un peu financièrement… Je coupe court en lui disant clairement que je ne vais pas lui donner d’argent. Après m’avoir suivi presqu’une heure dans la ville, il remarque enfin qu’il n’arrivera à rien et me quitte en prétextant qu’il doit retourner à l’école. Sauf que nous sommes samedi…

Du coup, quand je trouve des hommes de confiance, j’essaie de les garder. Cette tactique marche plutôt bien jusqu’à maintenant, pour une relation gagnant-gagnant efficace. Dans un premier temps, j’ai cherché un chauffeur de moto taxi fiable et sûr. Ce n’est pas chose aisée, la plupart ne parlent pas anglais, conduisent comme des sourds et demandent des prix 3 fois plus élevés pour les expats. Mais là, je crois que je suis tombé sur une perle. Straton parle parfaitement français – il était cuisinier en France pendant plusieurs années-, il conduit correctement, demande des prix honnêtes, arrive 5 minutes en avance quand je lui donne mon programme et, cerise sur le gâteau, son grand père s’appelait Ignace ! Autant dire que tant qu’il arrive à l’heure, je le soigne d’autant que la ponctualité est plutôt relative ici ! Aucun des workshops que je suis n’a, jusqu’à maintenant, commencé à l’heure. Mais je ne parle pas de  5 minutes de retard, ici cela varie entre une et deux heures.

Même chose pour le marché ; des jeunes hommes font les courses pour vous, ils négocient les prix et portent les courses.  La plupart vous font payer le double du prix. Je le dis par expérience… Mais ça n’arrivera plus ! Gasihwa connaît son affaire. Moins je paie cher, plus il a de pourboire…En résumé, ça commence à tourner !

Sauf que hier, j’ai cassé mon garde-boue de vélo. Je demande au boy du marché de me montrer un endroit où je pouvais le réparer. Il m’emmène dans un atelier et demande le prix pour la réparation. « Maganatanu » répond le vendeur, ce qui veut dire 500 (je commence à comprendre quelques trucs…). Et le boy qui me dit : « ok c’est 800 mais j’ai réussi à négocier le prix en disant que c’est mon vélo. Il le fait pour 500». Alors deux choses : 1, s’il dit vrai, le vendeur est vraiment naïf de croire que c’est son vélo et que je suis juste là pour l’accompagner… Et 2, c’est évident qu’il essaie de m’arnaquer et qu’il n’aura pas de pourboire. C’est ce que je lui ai dit et j’espère qu’on va gentiment arrêter de me prendre pour un touriste.

Histoires de culture

J’ai commencé à interviewer des fermiers pour mon travail et l’un d’eux parle français. Alors que nous l’accompagnons un bout de route, il me dit : « Ahhhh monsieur Ignace… Vous savez, j’aimerais vraiment aller en Europe, ce doit être impressionnant de ne voir que des Blancs. Je suis trop vieux maintenant, mais c’est mon rêve d’aller là-bas et de me retrouver seul Noir au milieu des Blancs. »

Sans commentaires

Il y a un point culturel que je n’arrive pas à comprendre et qui n’est pas des moindres. Les rwandais boivent la bière chaude ! Alors parfois, on n’a pas le choix et on force un peu la descente, mais comme les bières font 65 cl, il faut s’accrocher un moment pour l’avaler. Un conseil si vous projetez une visite dans le coin, il est fondamental de connaître cette expression : « Inzoga gukonja ! » qui veut dire « Bière froide » et qui peut influencer tout le cours d’une soirée.Mais comme on dit : « Nakibaso ! », « pas de problème ! », le pendant kinyarwanda d’ « Hakuna Matata ! » autrement dit tu vivras ta vie sans aucun souci ! Et maintenant que vous avez tous la chanson du Roi Lion en tête, c’est le moment de vous laisser cogiter. En vous souhaitant de relativiser un peu vos soucis quotidiens, je vous dis à bientôt !