« Raël, c’est notre prophète »

Le mouvement raëlien compte plusieurs sections régionales réparties dans toute la Suisse. Jeudi soir 16 mars se tenait à Fribourg une conférence du mouvement sur le thème « Ils ont créé l’humanité en laboratoire ! ». L’occasion d’en apprendre un peu plus sur ce mouvement qui se considère comme une « religion athée ».

19h45, j’arrive au NH hôtel où se déroulera la conférence. Deuxième sous-sol, je prends place sur l’un des quelques cinquante sièges de la salle Botzet. Ils trouveront tous preneur. Un peu surpris, je remarque que beaucoup de jeunes sont venus assister à la conférence, par curiosité probablement. Sont présents également quelques membres du mouvement qu’on reconnaît pour la plupart à leur collier au bout duquel pend un symbole – deux triangles renversés formant un swastika – qui, je l’apprendrai plus tard d’un conférencier, représentent « l’infini dans le temps et dans l’espace ». Appareil photo en main, je prends quelques clichés de la salle en prenant soin de ne pas montrer de visages. L’un des membres me demandent de manière assez directe ce que je fais, qui je suis. « Je prépare un article pour La Fribune ». Lui vient de Genève. Une douce musique d’ambiance résonne dans la pièce.

20h15, le premier conférencier, guitare en main et queue de cheval grisonnante, interprète une chanson, « un hymne à la paix » précise-t-il, dont le refrain reprend la phrase « Tu veux de l’amour, de la paix, de la douceur ». Un appel à la tolérance, en somme, et même s’il y a dans les paroles un côté Miss Monde un poil simpliste, difficile de ne pas y adhérer. On embraye sur une vidéo qui montre Claude Vorilhon, Raël, expliquant sa rencontre avec « un petit homme » en haut d’un volcan éteint. « I felt love » dit-il. Le petit homme ne s’est pas déplacé à pieds bien sûr mais via une soucoupe en forme de « cloche aplatie ». Claude Vorilhon passe 6 jours dans l’OVNI, c’est là que les Elohim lui transmettent des messages. En résumé les Elohim nous regardent depuis en haut, c’est eux qui nous ont créé à leur image et ils ont un paquet d’avance sur nous d’un point de vue scientifique et philosophique. La vidéo s’accompagne de vieilles fresques et peintures rythmées par des sons électroniques répétitifs et apaisants.

Un autre conférencier s’exprime après la vidéo et explique « qu’on est passé d’un monde de magie à un monde de compréhension ». Tiens, là ça sonne fort comme le concept de désenchantement du monde de Max Weber. Pour lui, les Elohim – ceux qui nous ont créé – sont comme nous, « comme des grands frères » ou encore des « parents ». Il fait souvent référence au livre de base du raélien intitulé sobrement « le livre qui dit la vérité », sorte de Boy Scout Handbook avec une petite touche spirituelle et des extraterrestres en plus. Le but actuel, dit-il, est de « préparer le retour des Elohim ». Ils construisent donc une ambassade pour les accueillir.

Ambassade pour accueillir les Elohim

L’ambassade que le mouvement raëlien projette de construire pour accueillir les Elohim.

D’autres actions sont entreprises, en Afrique par exemple le mouvement a créé l’organisation Clitoraid qui vient en aide aux femmes victimes d’excision. Ils ont ainsi construit le « premier hôpital au monde pour la restauration du clitoris » peut-on lire sur leur site. Étrange au premier abord, ce projet peut s’expliquer par l’importance que le mouvement raëlien attache à la libération sexuelle.

Clitoraid vise à restaurer leur dignité aux victimes des mutilations génitales féminine (MGF) dont l’excision en leur permettant d’atteindre leur premier orgasme

Clitoraid célèbre la liberté sexuelle et le plaisir sexuel retrouvé pour toutes les femmes dans le monde

Clitoraid promeut des campagnes mondiales contre l’excision

Clitoraid promeut une sexualité libre et l’exploration de la masturbation

Clitoraid partage plaisir, espoir, gentillesse et féminité

www.clitoraid.org

La 2ème vidéo de la soirée met en scène Raël qui explique le pouvoir de la méditation pour la paix avec des phrases chocs comme « send love to this planet » ou encore « our brain is made to give love ». Après la théorie, la pratique, l’un des conférenciers nous demande de fermer les yeux pour démarrer une méditation pour la paix. « On respire profondément, vous sentez un bien-être s’installer? » demande-t-il. Le but est d’envoyer une vibration positive vers le monde : « comme si une main fraternelle se posait sur leurs [les gens] épaules ». La Conférence se termine par une série de questions-réponses. On y apprend encore que pour devenir membre du mouvement il suffit, lors d’une cérémonie avec de l’eau, de reconnaître les Elohim et que « c’est gratuit » ou encore que le rôle de Raël est simplement celui d’un messager : « c’est notre prophète ».

Après la conférence je pose quelques questions au responsable du mouvement raëlien dans le Canton de Fribourg, coordonnier durant 18 ans puis aide infirmier durant 20 ans. Tout a commencé pour lui il y a 37 ans, avec un simple tract dans sa boîte aux lettres, un bout de papier « qui n’a fait que confirmer ce que je savais déjà » dit-il. Il milite depuis lors pour « diffuser le message aux gens ». Son rôle consiste désormais principalement à organiser les différentes conférences dans la région et à faire connaître le mouvement. Il réserve les salles, mobilise les gens, distribue des tracts dans la rue. Tout le monde ne le fait pas, dit-il, « parce qu’il y a la peur du qu’en-dira-t-on, la peur d’être jugé, la peur de se montrer ». Peurs justifiées? « C’est vrai qu’au début on s’est fait traiter de pédophiles, on s’est fait traiter de n’importe quoi ». Il estime toutefois qu’aujourd’hui  le mouvement jouit d’un peu plus d’ouverture et de respect. Pour lui, la base du mouvement « c’est quand même un message de paix, un message d’amour pour l’humanité ».

Le mouvement compte environ 10 sympathisants dans le Canton de Fribourg, « ceux qui ont de près ou de loin accepté l’idée ». Les membres sont toutefois souvent âgés. Rien que ces dernières années, selon le responsable, 5 personnes environ sont décédées en raison de leur âge avancé. Ces quelques chiffres laissent planer le doute sur l’avenir de la section régionale si elle ne parvenait pas à recruter de nouveaux adhérents.