Si pour toi les termes de CE ou de Cofac n’évoquent que des choses aussi floues qu’une silhouette derrière le brouillard fribourgeois, alors cet article peut t’intéresser. Même si les spécialistes l’accuseront de simplification outrancière, il te permettra peut-être de ne plus avoir à tenter de te faire oublier derrière ta bière -toujours trop petite pour planquer l’ignorance- lorsque ces mots mystérieux sont prononcés par des compagnons d’apéro à tendance militante.

Rectorat, Sénat et cetera

En haut du système politique universitaire se trouve le Rectorat, organe «exécutif» de l’Université. Composé du recteur et de ses quatre vice-recteurs, il gère «la politique générale de l’Université, la stratégie et la planification pluriannuelle ainsi que des relations extérieures avec les autorités ainsi que les autres institutions d’enseignement et de recherche » En plus de tout ceci, le Rectorat est aussi responsable de transmettre, avec préavis négatif ou positif, les demandes de nomination des Professeurs -émises par les Facultés- au Conseil d’Etat. Ce club des cinq n’a en effet pas autant de pouvoir que celui qui règne sur la bibliothèque rose, contrairement à ce qui est parfois sous-entendu. Car c’est finalement l’Etat de Fribourg qui décide d’engager des membres du corps professoral.

Le pouvoir du Rectorat est aussi tempéré par le Sénat, organe «délibératif» de l’Université, qui d’ailleurs élit le recteur et ses compagnons. Le Sénat est en mesure de refuser ou d’approuver les règlements touchant à l’ensemble de l’Université; tout changement dans le statut d’un organe doit être soumis à son vote. C’est donc lui qui fixe, en définitive, les lois cadres de l’Université.

En tout, 16 personnes siègent au Sénat, dont huit représentent l’Etat de Fribourg et huit autres la communauté universitaire. Parmi ces derniers, quatre émanent du corps professoral, deux des collaborateurs scientifiques, et (seulement) deux étudiants nommés par le CE sont présents. Les décisions sont prises selon le vote de la majorité: je vous laisse donc apprécier le léger poids que constituent les étudiants lors du vote des lois cadre de l’Université.

Conseil de Faculté

Descendons un peu plus bas dans «l’organigramme de l’université»: en dessous du Rectorat et du Sénat, se trouvent les «services centraux» (direction administrative etc…), puis les cinq Facultés qu’abrite l’Université. Celles-ci sont composées de plusieurs Départements (p.ex le Département des sciences sociales), eux-mêmes divisés en une foule de Domaines et d’Instituts. Les affaires des Facultés sont discutées lors des Conseils de Faculté, qui ont lieu dans chacune d’elles. Ces conseils proposent au Rectorat les nouveaux Professeurs susceptibles d’être engagés; ils sont aussi chargés d’adopter les règlements qui les concernent spécifiquement, c’est-à-dire qu’ils votent sur des propositions émanant d’un organe supérieur, souvent déjà certain de faire valider les propositions en question. Le Conseil de Faculté vote également la formation de commissions, dont la tâche est de plancher sur des problématiques précises.

Le nombre total des représentants des étudiants est défini par une règle mathématique tout à fait charmante: Le nombre des représentant-e-s des collaborateurs ou collaboratrices scientifiques et des étudiant-e-s est égal aux deux tiers du plus grand multiple de trois compris dans le nombre de sièges du corps professoral.

D’après mes sources parmi les individus ayant pu observer l’application concrète de cette loi, il semblerait que la répartition soit de un étudiant pour trois professeurs. En plus de leur avantage numérique, ces derniers bénéficient aussi du fait que, lors d’un vote considéré comme «décisif», il est nécessaire qu’au moins la moitié des voix «pour» soient celles du corps professoral.

Ainsi, un certain sentiment d’impuissance s’impose aux représentants des étudiants des Conseils de Faculté: leur rôle se limiterait-il à commenter, d’une voix timide et sans force, les ordres venus d’en haut? Car même si les débats ont la réputation d’être extensibles et houleux, les étudiants peinent à peser leur (juste?) poids, à tel point que certains représentants ont l’impression que leur vote n’est jamais que «symbolique».

Conseil des Etudiants, gazouillements ou grondements?

Le prochain mot mystère qui s’imbrique dans ce système est le Conseil des étudiants, CE pour les intimes. Le CE est défini comme le «parlement» de l’Association Générale des Etudiants de Fribourg (AGEF), corps universitaire parmi d’autres; il est composé des délégués des Fachschaften (représentants des étudiants selon leur domaine d’étude), dont le nombre est proportionnel au nombre d’étudiants dans la branche, et permet donc une collaboration nécessaire entre les différentes branches présentes à l’Université.

Chargé de voter la répartition du budget de l’AGEF entre les différentes Fachschaften et d’autres projets étudiants, le CE s’impose comme un organe d’importance; mais il semble que cette puissance ne parvient pas à s’étendre au-delà d’un territoire finalement assez restreint. Et pour cause: si le Conseil des Etudiants a la possibilité de voter des changements de règlements ne concernant que l’AGEF, il doit s’en remettre au Rectorat puis au Sénat en ce qui concerne les statuts de l’Association, puisque celle-ci est comprise comme un «corps universitaire». De plus, le poids des étudiants représentant l’AGEF au Sénat- et donc la position du CE- est négligeable.

L’impuissance du CE, et plus largement de l’AGEF, lorsqu’il s’agit de sortir de son terrain de souveraineté, s’est par exemple illustrée à travers la fameuse «affaire des micro-ondes». L’installation de tels produits électro-ménagers, qu’a proposée le CE à la demande des étudiants en manque de rayonnement électromagnétiques, s’est heurtée à d’autres organes de l’Université, qui y voyaient une menace pour l’hygiène collective. Apparemment dans l’incapacité de négocier directement avec les services de nettoyage, le comité de l’AGEF a été obligé d’envoyer ce dossier brûlant sur le bureau du Recteur.

Si quelques micro-ondes, qui laissent intacts les règlements de l’Université, provoquent une telle paralysie de l’action des étudiants, quelle est le pouvoir de ces derniers à l’Université? Car mis à part motiver une mobilisation étudiante massive, dont l’efficacité n’est jamais assurée, on voit mal quels sont les moyens efficaces que possèdent les étudiants pour s’imposer dans ce système.

Mais ne cherchons pas à fondre comme un rapace sur une proie facile, et posons-nous aussi la question: concernant la politique universitaire, est-ce que l’implication des étudiants, qu’ils soient représentants dans les organes de l’Université ou s’en tiennent à distance, est suffisamment sérieuse et importante? N’est-il ici question que de «mauvais» système?

La question du rôle des collaborateurs scientifiques, qui bénéficient de la même représentation que les étudiants au Sénat et au Conseil de Faculté, doit aussi être posée. Quels liens pourraient les unir aux étudiants?

Dans tous les cas, l’apparente faiblesse des étudiants au sein du système universitaire pourrait être illustrée par la mise en application, dans sa version actuelle, de la nouvelle loi sur l’Université. L’AGEF a en effet exprimé ses réticences face à cette loi, dont certains articles seraient susceptibles de nuire à la cause estudiantine, et demandé des rectifications de circonstance.

Seront-elles entendues et respectées, ces revendications?