Il y a un poil plus d’une semaine avait lieu la quatrième édition d’Unifactory, la plus grande fête étudiante de Fribourg. Nous avons rencontré David Millius, président du comité d’organisation de l’événement, et avons discuté bilan, marché noir et perspectives d’avenir.

C’était sa toute première fois en tant qu’organisateur, et le challenge était de taille. Comme chaque année, Unifactory a rencontré un immense succès : les billets se sont vendus comme des petits pains, ouvrant un boulevard au marché noir. Et après une troisième édition marquée par des problèmes de sécurité, il fallait corriger le tir. Alors, quel bilan tirer de l’Unifactory 2018 ? Et à quoi ressemblera la fête dans les années à venir ? Interview.

Quel bilan tires-tu de cette quatrième édition ? Qu’est-ce qui était particulièrement réussi, et qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

Tu en as sûrement entendu parler, l’année passée, l’entrée était assez problématique. Et du coup cette année on a mis le paquet à ce niveau-là, et tous les échos que j’ai entendus là-dessus sont bons, donc j’estime qu’on a résolu ce problème. Au niveau du voisinage, il faut savoir qu’on fait toujours un tour de quartier avant l’événement. J’envoie mon numéro aux gens et leur dis : « Il y a la fête jeudi, s’il y a des problèmes, des questions, n’hésitez pas à m’appeler ». On a eu des appels de voisins avant la manifestation, pour nous dire « écoutez, l’année passée il y a eu des problèmes, essayez de les régler », et je me suis engagé à le faire. Et finalement, il y a même une voisine qui m’a appelé le lendemain pour nous féliciter de l’organisation. Le soir même je n’ai reçu aucun appel. Je ne peux pas garantir que personne ne soit allé voir la préfecture, ça on ne le saura peut-être jamais, tout dépend de si les plaintes nous sont transmises ou non.

Et s’il fallait améliorer des choses pour l’année prochaine ?

Forcément, quand il y a une organisation sur neuf mois, il y a toujours mille et une choses que l’on pourrait perfectionner. Je crois que dans l’ensemble ça s’est vraiment bien passé ; si je devais citer des détails, je dirais qu’il faudrait peut-être offrir plus en dehors de la fête en elle-même. Je ne sais pas si tout le monde a pu avoir à manger, par exemple, ce genre de choses. En tout cas, au niveau sécurité on n’a pas eu de problème particulier. Après, évidemment, nous on a envie de peaufiner plein de trucs un peu partout, il y a des milliers de petits détails qu’on pourrait améliorer. Il faut savoir que chaque année, on repart de zéro : l’année passée on avait une scène sur la passerelle, cette année on l’a mise au sol, on change des choses à chaque édition.

Quel retour as-tu eu de la part du public ? Plutôt positif ou négatif ?

Pour l’instant, les retours sont plutôt positifs. On a d’ailleurs ouvert un formulaire de feedback sur notre page Facebook, pour que les gens puissent nous donner leur avis. Après, comme toujours, c’est de la musique, donc c’est clivant par essence : il y a des gens qui vont dire qu’ils n’aiment pas et d’autres qu’ils adorent. On ne pourra jamais satisfaire tout le monde. Mais l’essentiel c’est que dans l’ensemble, tout le monde se soit amusé.

Justement, comment gères-tu le fait de ne pas pouvoir plaire à tout le monde ?

On cherche malgré tout à plaire à un maximum de gens, et c’est pour cette raison que cette année, on avait une programmation qui mélangeait plusieurs styles différents. L’idée, c’est de créer une ligne directrice, de construire en fonction des DJs afin de composer une ambiance qui plaise au plus de monde possible. En quatre ans, on a appris à se dire : « c’est possible que certains n’aiment pas ». Il y aura toujours une partie d’insatisfaits. Par contre, s’il y a 80% de gens qui n’aiment pas, là on a un problème.

Cette année, la décision a été prise de diminuer le nombre de billets disponibles, de 4500 à 3500. Pourquoi ? 

C’est assez simple : l’année passée il y avait deux salles, mais cette année la deuxième était indisponible parce qu’elle est actuellement louée par une autre entreprise. Donc on avait que la grande à disposition, ce qui veut dire moins de place, et donc on est obligés de baisser le nombre d’entrées en vente pour des raisons d’espace et de sécurité.

Vendre les billets à l’université même, vous y tenez particulièrement ? Pourquoi ne pas étendre la vente de billet à Internet, comme l’a fait Etu-Sound par exemple ?

Chaque année on y pense, chaque année on en discute en interne. Personnellement je suis partisan de les vendre sur les lieux de l’université, selon moi c’est intéressant car ça contribue à l’ambiance. Il ne faut pas oublier qu’il y a « uni » dans notre nom ! Le principal défi, si on vend les billets en ligne, c’est le contrôle d’accès : un billet acheté sur Internet est très compliqué à contrôler. Il faut un système de code-barre, et qui dit code-barre dit scanner, et donc base de données. Et qui dit base de données, dit connexion à Internet en tout temps et avec divers appareils, ce qui peut vite être compliqué à mettre en place. Et puis ce système de billets physiques, je trouve que ça ajoute aussi un charme à l’événement.

Il semblerait qu’une fois de plus, Unifactory soit victime de son succès, dans le sens où beaucoup de gens n’ont pas pu obtenir de billet alors qu’ils auraient voulu venir. N’est-ce pas un peu frustrant de se dire qu’on aurait pu accueillir encore plus de gens ? Et que réponds-tu à ceux qui sont déçu de ne pas avoir obtenu leur sésame ?

C’est vrai que l’année passée il y avait plus de monde, mais il y a aussi eu des gens qui se sont plaints parce que la salle était trop remplie. Je préfère privilégier la qualité et l’espace, que les gens soient confortables et qu’ils aient le droit à un vrai spectacle. Parce que mine de rien, l’argent qu’on investit, c’est pour qu’il y ait quelque chose de visuellement beau, pour qu’il y ait une ambiance. Donc on préfère avoir un nombre limité d’entrées, et faire quelque chose de qualité. Honnêtement, mon vrai rêve serait de faire plus grand, mais il faudrait un lieu avec encore plus d’espace. Et cette année, c’était simplement pas possible.

Que dire de ceux qui achètent des billets uniquement dans le but de les revendre ensuite ? Comptes-tu prendre des mesures pour limiter le marché noir ? On pense notamment aux billets nominatifs.

On ne peut pas faire des billets nominatifs, parce qu’une fois de plus c’est trop compliqué à l’entrée. Devoir demander à chaque personne de présenter une carte d’identité, ça prend du temps. Au niveau du flot de personnes, ça crée des bouchons et on retrouve les problèmes qu’on a eus l’année passée, avec des bousculades etc. Or quand on conçoit le contrôle d’accès, on pense avant tout à la sécurité et la rapidité.

On aimerait évidemment lutter contre le marché noir. Le but, c’est que ceux qui achètent les billets viennent à Unifactory, et pas que certains achètent des packs de dix pour les revendre derrière, au détriment de ceux qui voulaient vraiment venir. Forcément, certains n’auront pas réussi à revendre tous leurs billets, et c’est des places en moins finalement. Surtout qu’on est une soirée étudiante, on ne veut pas faire des prix d’entrée élevés, alors quand je vois des billets se vendre à 300 balles, je trouve ça vraiment dommage. La place est à 15 francs, il n’y a pas de raison que quelqu’un doive l’acheter plus cher.

La question, c’est comment lutter ? C’est très difficile, surtout avec le développement de Jodel, Facebook, etc. Notre seul véritable outil, c’est la communication ; on avertit les gens, on essaie de les sensibiliser en leur disant de ne pas acheter un billet à 60 francs alors qu’il en coûtait 15. Dans un sens, ils se font avoir. Malheureusement, si on est sold-out, il y aura toujours des gens pour payer plus cher, c’est l’offre et la demande finalement. Et quand on y pense, même la Champions League a de la peine à endiguer le marché noir. Avec les moyens qu’ils ont ! À notre échelle, comment on est censés lutter ?

Tu as dit avant que ton rêve serait d’agrandir Unifactory. Quels défis cela représenterait-il, et qu’est-ce qui vous empêche de le faire à l’heure actuelle ?

Le premier problème, c’est qu’il faut qu’on s’intègre dans l’environnement : on est au centre-ville de Fribourg, et forcément on doit respecter cet écosystème et s’y adapter. Et le deuxième, c’est la sécurité, qui est primordiale pour nous. Or qui dit plus de gens dit plus de sorties [de secours], et parfois on est limités à cause du bâtiment ; on ne peut pas construire des portes !

Évidemment que c’est un rêve, en quelque sorte. Quand tu organises un tel événement, ça procure un frisson, t’as toujours envie de voir en plus grand, d’attirer plus de monde, etc. Mais sur le site actuel, je pense que 3000-3500 personnes, c’est très bien ; au-delà, ça devient trop serré et problématique pour la sécurité.

Malgré son jeune âge relatif, Unifactory est devenu, au fil des années, un incontournable de la vie estudiantine fribourgeoise : comment expliquer un tel succès ?

Selon moi, il y a plusieurs choses : d’abord le fait qu’à Fribourg, l’offre culturelle n’est pas énorme. Il y a plein de gens qui font des trucs biens, évidemment, mais ça reste peu, surtout si l’on se compare à certaines autres villes qui pourtant sont beaucoup moins étudiantes, beaucoup moins « jeunes ». Et puis il y a aussi le lieu, qui dégage une aura particulière : c’est un événement éphémère dans un endroit inhabituel, où on ne s’attend pas à ce qu’il y ait une fête. Ça donne un air presque magique au truc. Je pense aussi que ce côté « one-shot » joue un grand rôle. Le fait que le temps d’un soir, l’ancienne usine Cardinal se transforme en salle de concert. Et évidemment, la taille du lieu joue aussi, surtout à l’échelle de la ville encore une fois, où les événements d’une telle ampleur sont plutôt rares.

Comment assurer le succès de l’événement lors des prochaines éditions ?

C’est très simple : chaque année, on doit s’améliorer. Chaque année, on repart d’une feuille blanche, en se demandant ce qu’on pourrait changer, ce qu’on pourrait faire mieux. On essaie toujours de se renouveler, que ce soit dans la communication, dans les infrastructures que l’on met en place… et encore plus dans la musique et la qualité du spectacle ! C’est d’ailleurs pour ça que notre budget son et lumières a toujours été exponentiel. Parce qu’on veut toujours offrir plus de spectacle.

Un autre élément, c’est tout ce qu’il y a autour de l’événement. Aujourd’hui, on propose une labellisation Carbon Fri, et pour moi c’est quelque chose d’essentiel. Ça nous tient vraiment à cœur. Surtout qu’il y a des festivals avec un budget bien plus important que le nôtre qui ne le font pas, et pour moi c’est incompréhensible. L’idée, c’est de construire un événement pierre après pierre, en essayant en permanence de se renouveler, et je pense que c’est ce qui fera que l’événement va perdurer. Après, rien ne nous garantit qu’on aura toujours du succès.

L’année prochaine, c’est la cinquième édition, donc un chiffre rond en quelque sorte. Est-ce que vous avez déjà des idées, et est-ce que vous prévoyez quelque chose de spécial pour marquer le coup ?

Honnêtement, on sort à peine la tête du guidon ; je n’ai même pas encore reçu les dernières factures pour cette année, donc je ne peux encore rien dire sur la prochaine ! Après la fête, on a passé la nuit entière à faire le démontage. Quand je suis rentré le vendredi soir, je n’avais pas dormi depuis 36 heures. Donc ces derniers jours on voulait tous se reposer un peu, et pour l’instant on n’y a pas encore réfléchi. Mais pourquoi pas faire un truc spécial, oui !